Un tribunal tunisien a infligé une peine de réclusion criminelle à perpétuité à Rached Ghannouchi, figure majeure de l'opposition et chef du parti islamiste Ennahdha, a-t-on appris mardi auprès de sources juridiques et médiatiques.
M. Ghannouchi, âgé de 84 ans, a été condamné pour des faits qualifiés de terrorisme. D'autres cadres du parti Ennahdha ont également été sanctionnés, avec des peines d'emprisonnement allant de dix ans à la perpétuité, selon la même source.
Cette nouvelle condamnation s'ajoute à des peines antérieures, déjà prononcées par la justice tunisienne dans le cadre de précédentes affaires engagées sous la présidence de Kaïs Saïed. Ces peines cumulaient plusieurs dizaines d'années de prison. Le dirigeant politique était déjà incarcéré avant ce nouveau jugement.
Contexte de répression
Depuis le coup de force du 25 juillet 2021, lorsque le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement, limogé le gouvernement et pris le contrôle de l'exécutif, les opposants au chef de l'État, parmi lesquels Rached Ghannouchi et le parti Ennahdha, subissent une répression judiciaire systématique. Le parti Ennahdha, qui a longtemps été la principale formation politique du pays, a été interdit d'activité en 2023 et ses biens saisis.
Plusieurs figures de l'opposition, journalistes et militants des droits humains ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison ces dernières années. La communauté internationale et les organisations de défense des droits de l'homme ont régulièrement dénoncé ces procès qu'elles considèrent comme politiques.
Réactions et implications
La condamnation à perpétuité de Rached Ghannouchi intervient dans un climat de tensions politiques persistantes en Tunisie. Le pouvoir judiciaire tunisien, sous l'influence du pouvoir exécutif selon les critiques, semble poursuivre une stratégie de neutralisation totale de l'opposition.
Le parti Ennahdha, qui a remporté les élections législatives de 2011 après la révolution, puis celles de 2014 et 2019 en tant que première force, voit ainsi son leader historique condamné à la prison à vie. La défense de M. Ghannouchi a déjà annoncé son intention de faire appel, dénonçant un procès politique.
Cette décision de justice risque d'aggraver encore la crise politique que traverse le pays, alors que la Tunisie lutte également contre des difficultés économiques et financières majeures. Le président Saïed concentre entre ses mains tous les pouvoirs depuis 2021 et gouverne par décrets.