Genève (Suisse) – Les négociations entre l'Iran et les États-Unis, qui se tiennent depuis plusieurs jours dans la cité lémanique, ont pris un tour inattendu ce week-end. Alors que les délégations abordaient les dossiers épineux du nucléaire et du Liban, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a profité d'une déclaration publique pour recentrer l'attention sur une thématique qu'il juge prioritaire : la défense des droits fondamentaux.

Dans une intervention remarquée, le ministre a affirmé que son pays ne céderait à aucune pression sur les questions touchant aux minorités religieuses et aux droits des femmes. « Nous n'accepterons aucun diktat concernant la manière dont nous traitons nos minorités ou les femmes de notre nation », a-t-il déclaré, avant de préciser que ces sujets relevaient de la souveraineté nationale et qu'ils ne feraient pas l'objet de concessions dans le cadre des pourparlers actuels.

Un contexte tendu

Cette prise de position intervient dans un climat de forte tension. Ces derniers jours, des navires militaires américains ont été signalés en train de traverser le détroit d'Ormuz, événement que Téhéran a qualifié de « provocation ». L'armée iranienne a répliqué en maintenant une pression constante dans la zone, accentuant le risque d'incident.

Parallèlement, les discussions genevoises avancent sur fond de menaces américaines de représailles. L'administration américaine a fait savoir qu'elle n'excluait pas une action militaire si les pourparlers n'aboutissaient pas à un accord sur le programme nucléaire iranien. Selon des sources proches de la délégation américaine, le chapitre nucléaire reste la « ligne rouge » de Washington.

La question des minorités au cœur du discours iranien

Le chef de la diplomatie iranienne a toutefois voulu inverser la logique en plaçant la défense des minorités comme un préalable à toute discussion. Il a notamment évoqué la situation des chrétiens, des juifs et des zoroastriens en Iran, affirmant que leur liberté de culte était « totale et garantie par la Constitution ». Il a également salué le rôle des femmes dans la société iranienne, les présentant comme « un pilier du développement national ».

Ces déclarations ont été perçues par les observateurs comme une réponse directe aux critiques récurrentes de Washington sur le bilan de l'Iran en matière de droits de l'homme. Les États-Unis, par la voix de leur secrétaire d'État, ont réitéré vendredi leur « préoccupation » concernant la répression des minorités et le statut des femmes en Iran.

Un agenda chargé pour la semaine à venir

Les pourparlers de Genève, initialement prévus pour durer quelques jours, pourraient s'étendre. Les délégations doivent aborder dans les prochains jours les questions de sécurité régionale, notamment le retrait des forces américaines d'Irak, ainsi que le programme balistique iranien. La question du Liban, où l'influence iranienne est forte via le Hezbollah, reste également au menu.

L'Iran semble vouloir tirer parti de cette tribune pour redorer son image sur la scène internationale, tout en maintenant une ligne dure sur les dossiers sensibles. « Notre culture et notre foi ne sont pas à vendre », a lancé le ministre iranien en conclusion de son allocution.

Réactions contrastées

Les analystes restent divisés sur la portée réelle de cette mise en avant des droits par Téhéran. Pour certains, il s'agit d'une manœuvre tactique visant à gagner du temps et à diluer les discussions sur le nucléaire. Pour d'autres, cela traduit une volonté sincère de la part des autorités iraniennes de défendre leur modèle social face aux pressions extérieures.

Côté américain, la réaction a été prudente. Un responsable du département d'État a indiqué que Washington « prenait acte » des déclarations iraniennes, mais que « la priorité restait la vérification de la nature pacifique du programme nucléaire iranien ». Les deux camps ont convenu de se retrouver mardi pour une nouvelle série de discussions.