Le journaliste Patrice Duhamel publie un essai intitulé « Le Crépuscule des dieux » (aux éditions L’Observatoire), dans lequel il explore les zones d’ombre entourant la santé des présidents de la Ve République. L’auteur s’appuie notamment sur le journal tenu par le professeur Jean Bernard pour éclairer sous un jour nouveau la maladie qui a emporté Georges Pompidou en 1974. L’ouvrage montre comment, de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, les souffrances intimes des locataires de l’Élysée ont été occultées, minimisées, voire dissimulées au nom de la raison d’État.

Le journal du professeur Jean Bernard : un témoignage inédit

Patrice Duhamel a eu accès au journal inédit du professeur Jean Bernard, illustre hématologue, qui fut le médecin personnel de Georges Pompidou. Ce document permet de retracer les derniers mois du président, atteint d’une maladie incurable. Alors que le pouvoir s’efforçait de maintenir l’image d’un chef d’État en pleine possession de ses moyens, les notes du praticien révèlent l’aggravation constante de son état. L’essai montre comment la classe politique et les proches du président ont choisi de ne pas divulguer la vérité, par crainte de déstabiliser les institutions et d’affaiblir la France sur la scène internationale.

De Gaulle, Mitterrand, Chirac : des précédents troublants

Le livre ne se limite pas au cas Pompidou. Il revient sur les problèmes de santé de Charles de Gaulle, qui a notamment souffert d’une intervention chirurgicale en 1964, tenue secrète. François Mitterrand a lui aussi caché son cancer de la prostate durant la majeure partie de son second mandat, n’en informant que tardivement son Premier ministre et ses collaborateurs. Jacques Chirac, pour sa part, a été victime d’un accident vasculaire cérébral en 2005, dont la gravité a été sous-estimée dans les communications officielles. Selon Patrice Duhamel, ces épisodes illustrent une constante : la santé des présidents est traitée comme une affaire d’État, relevant plus du secret que de la transparence.

De l’intime au politique : un mensonge d’État ?

L’auteur avance que la dissimulation de l’état de santé des présidents n’est pas un simple réflexe de pudeur, mais une véritable stratégie politique. En choisissant de taire la maladie, les équipes présidentielles cherchent à préserver l’autorité du chef de l’État et à ne pas donner prise à l’opposition. Ce faisant, elles privent les citoyens d’une information essentielle pour juger de la capacité d’un dirigeant à exercer ses fonctions. L’essai interroge ainsi les limites du secret médical face à l’exigence démocratique de transparence.

Un débat toujours d’actualité

Si depuis les années 2000 des protocoles plus transparents ont été mis en place – notamment avec la publication régulière de bulletins de santé –, l’ouvrage de Patrice Duhamel rappelle que la tentation du secret reste forte. Alors que la question de l’état de santé des dirigeants refait régulièrement surface dans le débat public, « Le Crépuscule des dieux » apporte une contribution historique précieuse. Il montre que les « mensonges d’État » autour de la maladie des présidents ne sont pas un mythe, mais une réalité documentée qui a marqué profondément la vie politique française.