Le fonds souverain d'Arabie saoudite, le Public Investment Fund (PIF), à la tête d'un portefeuille de plus de 900 milliards de dollars, a entamé un vaste mouvement de remplacement des directeurs généraux étrangers de ses filiales par des cadres saoudiens.
Cette décision s'inscrit dans un contexte de recentrage des investissements du fonds sur le marché intérieur, alors que le royaume se prépare à accueillir la Coupe du monde de football en 2034. Plusieurs entreprises majeures contrôlées par le PIF ont ainsi vu leurs dirigeants étrangers quitter leurs postes ces derniers mois.
Des départs en série dans les filiales clés
Parmi les mouvements les plus récents, le directeur général de Savvy Games Group, Brian Ward, a quitté ses fonctions. Cette société, détenue par le PIF, est un acteur majeur de l'industrie vidéoludique et vise à faire du royaume un hub mondial du jeu vidéo. Le départ de M. Ward intervient après des changements similaires à la tête de plusieurs autres entités.
Ainsi, la compagnie aérienne Riyadh Air, lancée en grande pompe par le PIF pour concurrencer les transporteurs du Golfe, a vu son directeur général, Tony Douglas, quitter l'entreprise. De même, le patron de Roshn, le promoteur immobilier du fonds, a également été remplacé.
Ces décisions marquent une inflexion notable dans la gestion des participations du fonds. Alors que le PIF avait recruté de nombreux cadres étrangers expérimentés pour lancer et diriger ses projets ambitieux, il semble désormais privilégier l'émergence de talents locaux à des postes de direction.
Un recentrage sur l'économie nationale
Cette politique de « saoudisation » des postes de direction intervient alors que le PIF réoriente une partie significative de ses investissements vers le marché intérieur. Le fonds, qui avait massivement investi à l'étranger, notamment dans des sociétés technologiques comme Uber ou des fonds d'investissement américains, augmente désormais la part de ses actifs consacrée à des projets domestiques.
Cette stratégie est cohérente avec les objectifs de la Vision 2030, le plan de réforme économique du prince héritier Mohammed ben Salmane. Le PIF est l'un des principaux instruments de cette transformation, visant à diversifier l'économie saoudienne au-delà du pétrole. Le développement de secteurs comme le tourisme, le divertissement, les transports et l'immobilier est au cœur de cette stratégie, et l'organisation de la Coupe du monde 2034 va accélérer ces investissements.
Des implications pour les partenariats internationaux
Ces changements de direction pourraient avoir des implications pour les partenaires internationaux du PIF. Les nouveaux dirigeants locaux, bien que souvent formés à l'étranger, pourraient avoir une approche différente des affaires, plus alignée sur les priorités du gouvernement saoudien. Les observateurs estiment que cette évolution pourrait renforcer le contrôle de l'État sur les décisions stratégiques des filiales du fonds.
Pour les entreprises étrangères cherchant à faire des affaires avec le PIF ou ses filiales, cela signifie qu'elles devront composer avec des interlocuteurs moins habitués aux pratiques des marchés occidentaux, mais potentiellement plus réactifs aux directives gouvernementales.
Cette transformation de la gouvernance du PIF intervient dans un contexte où le fonds continue de lever des fonds sur les marchés internationaux. En 2023, le PIF a émis des obligations pour 7 milliards de dollars, attirant une forte demande de la part des investisseurs mondiaux. La confiance de ces derniers pourrait être testée par ces changements de personnel, même si le fonds bénéficie toujours de la note souveraine de l'Arabie saoudite.
L'ampleur et la rapidité de ces remplacements suggèrent une volonté politique forte de hisser les cadres saoudiens aux plus hauts niveaux de responsabilité, dans la perspective des grands événements à venir et de la maturation économique du royaume.