Un entretien d'urgence face à des conditions climatiques changeantes

Le National Trust a lancé une opération de grande ampleur pour restaurer l'éclat du Géant de Cerne Abbas, figure de craie emblématique du Dorset. Environ 17 tonnes de craie fraîche sont acheminées à la main sur le flanc abrupt de la colline, où la pente atteint localement un gradient de un pour trois. Les travaux, qui pourraient s'étendre sur 15 jours, mobilisent près de 300 employés et bénévoles.

La décision d'intervenir après seulement sept ans, au lieu de la décennie habituelle, témoigne de l'urgence provoquée par l'évolution du climat. Luke Dawson, garde du site pour le National Trust, observe que les pluies hivernales plus intenses lessivent la craie plus rapidement, tandis que les conditions douces et humides favorisent la prolifération d'algues, donnant au contour un aspect verdâtre et moins distinct.

Un protocole inchangé depuis des générations

La méthode employée reste fidèle à la tradition : l'ancienne craie est soigneusement extraite, puis de la matière fraîche est tassée à la main dans le sillon du dessin. « C'est ainsi que nous l'avons maintenu visible pendant des siècles », explique Luke Dawson. Parmi les participants, Chloe Baugh et son compagnon Joe Ford s'activent sur le tibia gauche du géant, ayant gagné leur place par tirage au sort. « Nous ne savions pas que ce serait l'un des jours les plus chauds de l'année », plaisante Chloe Baugh. Cette expérience lui a fait prendre conscience du labeur répété par les générations précédentes.

Des causes climatiques difficiles à prouver

Le National Trust se montre prudent quant à l'attribution directe de l'érosion accélérée au changement climatique. « C'est une chose que nous ne pouvons pas vraiment prouver, reconnaît Luke Dawson. C'est davantage une observation de ce que nous voyons là-haut. » Néanmoins, la tendance météorologique est documentée : le Royaume-Uni connaît déjà des hivers plus doux et plus pluvieux ainsi que des étés plus chauds et plus secs. Cette combinaison ralentit la repousse de l'herbe, laissant les bordures de craie plus exposées au ruissellement.

Un site aux origines mystérieuses

Le géant, qui représente un homme nu brandissant une massue, suscite la curiosité depuis des siècles. Des analyses scientifiques de sédiments, publiées par le National Trust en 2021, ont daté sa création de la période saxonne tardive, entre 700 et 1100 après J.-C., bien plus récente que les origines préhistoriques ou romaines parfois supposées. En 2024, des travaux de l'Université d'Oxford ont avancé qu'il pourrait représenter Hercule, sans pour autant clore le débat sur sa signification.

Un investissement dans le paysage environnant

Cette restauration fait suite à l'acquisition, grâce à des dons publics, de 138 hectares de terres supplémentaires autour du géant. Le National Trust a réuni 330 000 livres sterling pour protéger ce secteur, qui abrite des prairies calcaires riches en espèces, des vestiges archéologiques et un habitat pour des espèces rares comme le papillon Damier du plantain. L'organisme entend ainsi préserver non seulement la figure de craie, mais aussi l'ensemble du paysage qui l'accueille.