Le Ghana a officiellement demandé le report de la visite du président sud-africain Cyril Ramaphosa, initialement prévue début août, en raison de la recrudescence des violences xénophobes en Afrique du Sud. Les autorités ghanéennes ont signifié à Pretoria qu’il serait prudent de différer ce déplacement, compte tenu du climat de tensions lié aux récentes manifestations anti-étrangers.

Le porte-parole du gouvernement ghanéen, Felix Kwakye Ofosu, a confirmé cette décision en expliquant que « nous leur avons adressé une communication indiquant qu’il serait préférable de reporter la visite, vu le climat actuel autour de la xénophobie ». Cette annonce intervient alors que plus de 900 ressortissants ghanéens ont déjà été rapatriés d’Afrique du Sud ces dernières semaines, et qu’un second contingent de 900 autres doit être rapatrié prochainement.

Des manifestations xénophobes d’ampleur

Depuis plusieurs mois, l’Afrique du Sud connaît une vague de protestations contre la présence d’étrangers, certains groupes ayant fixé au 30 juin un ultimatum aux migrants sans papiers pour quitter le pays. Au total, environ 25 000 migrants ont été rapatriés vers leurs pays d’origine, notamment le Nigeria, le Malawi et le Kenya, qui ont également organisé des rapatriements de leurs citoyens.

Les tensions diplomatiques entre Accra et Pretoria se sont aggravées après la diffusion d’une vidéo virale montrant un jeune Ghanéen, Emmanuel Asamoah, vivant en Afrique du Sud, être interpellé violemment et sommé de « retourner réparer son pays ». La semaine dernière, le Ghana a également condamné la mort présumée de Bahiru Isak, un Ghanéen de 40 ans habitant dans le township de Khayelitsha, près du Cap, qui aurait été tué lors de manifestations anti-immigrés le 30 juin. Les autorités sud-africaines ont toutefois contesté ce récit, affirmant ne pas avoir confirmation de ce meurtre.

Des interprétations divergentes sur la nature de la visite

Côté sud-africain, le porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, a minimisé la portée diplomatique de ce report. Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une visite d’État, comme le décrivaient les responsables ghanéens, mais de la troisième réunion bilatérale entre les deux chefs d’État. « Les deux pays continueront à échanger par les canaux diplomatiques pour fixer une date mutuellement acceptable », a-t-il déclaré, réaffirmant l’engagement de l’Afrique du Sud à « approfondir la coopération entre les deux nations sœurs et à faire avancer l’Agenda africain ».

Le président Cyril Ramaphosa a pour sa part rappelé que les citoyens ont le droit de manifester pacifiquement, tout en promettant de renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière. Cette position n’a pas apaisé les craintes à Accra, où la population redoutait que la présence du chef de l’État sud-africain ne déclenche de nouvelles protestations.

Des implications régionales

Ce différend intervient dans un contexte où plusieurs pays africains expriment leur mécontentement face à la recrudescence des actes xénophobes en Afrique du Sud. Le Ghana, l’un des principaux partenaires commerciaux de Pretoria sur le continent, avait déjà exprimé sa vive inquiétude après l’incident impliquant Emmanuel Asamoah. Le report de la visite de Cyril Ramaphosa illustre la fragilité des relations bilatérales à un moment où l’unité africaine est régulièrement mise à l’épreuve par des tensions migratoires.

Les deux capitales s’efforcent désormais de trouver une nouvelle fenêtre pour la rencontre, mais aucun calendrier n’a été annoncé. Les observateurs estiment que la crise pourrait perdurer tant que des mesures concrètes ne seront pas prises pour protéger les communautés étrangères en Afrique du Sud.