Le cabinet israélien a validé, ce dimanche 28 juin, une proposition du ministre des Affaires étrangères Gideon Saar visant à reconnaître officiellement le génocide arménien. La mesure a été adoptée à l'unanimité, selon un communiqué publié par le ministère. Cette annonce marque un tournant dans la politique étrangère israélienne, qui s'était gardée jusqu'ici de franchir ce pas afin de ménager les relations avec la Turquie.

Un contexte de vives tensions avec Ankara

La reconnaissance israélienne intervient alors que les rapports entre Jérusalem et Ankara se sont considérablement détériorés. La Turquie, sous la conduite de Recep Tayyip Erdogan, multiplie les critiques acerbes à l'encontre d'Israël, qu'elle accuse de commettre un génocide dans la bande de Gaza. En retour, les autorités israéliennes dénoncent une hostilité turque ouverte. La décision de ce dimanche est perçue comme un nouveau signal de défiance envers le pouvoir turc.

Les justifications du gouvernement israélien

Gideon Saar a présenté cette reconnaissance comme un impératif éthique et mémoriel. « C'est un devoir moral et un devoir historique », a-t-il déclaré, tout en prenant soin d'écarter l'hypothèse d'une manœuvre de rétorsion. « Il ne s'agit pas d'un acte de représailles face à l'hostilité ouverte, ainsi qu'à la terrible rhétorique et aux actes hostiles de la Turquie, sous la direction d'Erdogan, à l'encontre d'Israël », a-t-il insisté, cherchant à dissiper toute interprétation politique immédiate.

Un revirement diplomatique attendu

Les gouvernements israéliens successifs avaient systématiquement évité de qualifier de génocide les massacres perpétrés contre la population arménienne sous l'Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale. Cette prudence s'expliquait par la volonté de préserver l'alliance stratégique avec la Turquie, longtemps considérée comme un partenaire clé au Moyen-Orient. La dégradation progressive des relations bilatérales, notamment depuis le conflit à Gaza, a cependant modifié la donne.

Une reconnaissance qui s'inscrit dans un mouvement international

Avec cette décision, Israël rejoint une liste déjà longue de pays ayant officiellement reconnu le génocide arménien. Parmi eux figurent les États-Unis, la France et l'Allemagne, qui ont chacun, à des titres divers, adopté des positions similaires. La reconnaissance israélienne pourrait encourager d'autres États à faire de même, même si la portée diplomatique de ce geste reste à mesurer.

Des relations bilatérales avec l'Arménie déjà fragiles

Paradoxalement, les liens entre Israël et l'Arménie s'étaient tendus en juin 2024, lorsque Erevan avait annoncé la reconnaissance de l'État de Palestine. Cette décision arménienne avait provoqué un refroidissement notable entre les deux capitales. La nouvelle reconnaissance du génocide arménien par Israël pourrait contribuer à un rapprochement, bien que le contexte régional complique une normalisation rapide.

La position turque : un rejet catégorique

Ankara continue de réfuter fermement l'emploi du terme « génocide » pour désigner les évènements de 1915. Les autorités turques considèrent qu'il s'agit d'une instrumentalisation politique et dénoncent ce qu'elles perçoivent comme une ingérence dans leurs affaires historiques. La décision israélienne ne manquera pas d'alimenter les tensions déjà vives entre les deux pays.