Le bilan humain du double séisme qui a ébranlé le Venezuela la semaine dernière ne cesse de s’alourdir. Alors que des équipes de secours continuent de fouiller les décombres, les autorités ont fait état ce lundi 28 juin d’au moins 1 500 morts, un chiffre qui pourrait encore évoluer dans les prochains jours. La tragédie, qui a frappé principalement l’État de La Guaira et la capitale Caracas, a également laissé des milliers de blessés et de disparus, tandis que les infrastructures locales sont anéanties.
Une colère sourde dans les rues dévastées
Au-delà du décompte macabre, c’est un sentiment d’abandon qui prédomine parmi les sinistrés. « Si on en est là, sans moyens, c’est la faute de qui ? » s’interroge un habitant de La Guaira, dont la maison n’est plus qu’un amas de gravats. Cette question, rapportée par plusieurs témoins sur place, résume le ressentiment croissant envers les autorités vénézuéliennes, accusées de ne pas avoir anticipé ni réagi efficacement face à la catastrophe.
Le gouvernement intérimaire, dirigé par la présidente par intérim, a reconnu dimanche les difficultés logistiques, évoquant un « manque de moyens matériels et humains » pour faire face à une catastrophe d’une telle ampleur. Mais les critiques fusent également contre la communauté internationale, dont l’aide tarde, selon plusieurs organisations humanitaires, à arriver sur le terrain.
Une aide humanitaire qui se met en place
Les premiers vols humanitaires en provenance des États-Unis ont toutefois atterri à Caracas dans la semaine, comme l’avaient annoncé des responsables américains. Donald Trump, dans un message daté du 25 juin, avait promis le soutien de Washington aux « nouveaux et formidables amis » vénézuéliens. Ces cargaisons comprennent du matériel médical, des tentes et des denrées alimentaires de première nécessité.
L’Espagne, qui recherche encore une centaine de ses ressortissants portés disparus, a également dépêché des secouristes spécialisés. D’autres nations d’Amérique latine, comme le Mexique et la Colombie, ont annoncé l’envoi de renforts. Mais la coordination des opérations reste chaotique, entravée par les dégâts causés aux routes et aux aéroports.
Des infrastructures anéanties
Les deux séismes, de magnitude 7,3 et 6,8, ont rasé des quartiers entiers de La Guaira, une région côtière densément peuplée. À Caracas, des immeubles se sont effondrés, ensevelissant des familles entières. Les autorités locales peinent à établir un bilan précis : le nombre de disparus est estimé à plusieurs dizaines de milliers.
« Nous n’avons pas d’eau, pas d’électricité, pas de communications », a témoigné un habitant de La Guaira joint par téléphone. « Les secouristes arrivent, mais ils sont submergés. Chaque heure perdue, ce sont des vies en moins. »
Des divergences dans le bilan officiel
Les chiffres communiqués par les différentes autorités varient, créant une certaine confusion. Alors que la présidente par intérim évoquait 589 morts dans un premier bilan le 26 juin, d’autres sources officielles parlaient de plus de 920 morts le lendemain, puis de plus de 1 430 morts le 27 juin, avant de franchir le seuil des 1 500 ce 28 juin. Ces écarts peuvent s’expliquer par la difficulté de collecter des données dans un pays où les infrastructures de communication ont été gravement endommagées, mais ils alimentent les soupçons sur une possible sous-estimation volontaire.
Une catastrophe aux dimensions politiques
Ce double séisme survient dans un contexte de crise politique et économique aiguë au Venezuela, marqué par des sanctions internationales et une profonde polarisation. La demande formulée le 28 juin par Caracas — réclamer la levée du blocus — a relancé les débats sur la responsabilité des puissances étrangères dans l’aggravation de la catastrophe. Pour certains observateurs, l’embargo économique empêche le pays de se doter des équipements nécessaires pour faire face à un tel désastre.
Sur le terrain, les témoignages font état de scènes de désolation. « On ne peut pas creuser avec les mains seules », lâche un secouriste bénévole, épuisé. « Il nous faut des pelleteuses, des grues, du carburant. Mais rien n’arrive. »
Un appel à la solidarité internationale
Face à l’ampleur de la catastrophe, les Nations unies et plusieurs ONG ont lancé des appels aux dons. L’Union européenne a promis une aide d’urgence de plusieurs millions d’euros. Mais les conditions d’acheminement restent précaires, et les Vénézuéliens, eux, continuent de compter leurs morts.