Le gouvernement israélien a adopté ce dimanche 28 juin une résolution reconnaissant le génocide arménien, mettant fin à des décennies de prudence diplomatique sur ce dossier sensible. La décision, prise à l'unanimité des ministres, officialise une position longtemps évitée par les gouvernements successifs de l'État hébreu.
Une décision présentée comme un devoir moral
À l'origine de cette initiative, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a défendu la reconnaissance comme « un devoir moral et un devoir historique ». Dans un communiqué, il a précisé qu'il ne s'agissait pas « d'un acte de représailles face à l'hostilité ouverte, ainsi qu'à la terrible rhétorique et aux actes hostiles de la Turquie, sous la direction d'Erdogan, à l'encontre d'Israël ». Cette déclaration vise à dissiper l'idée que la décision serait motivée par les seules tensions bilatérales.
Un changement de cap diplomatique
Jusqu'à présent, les autorités israéliennes s'étaient abstenues de qualifier les massacres d'Arméniens perpétrés sous l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale de génocide. Cette prudence s'expliquait notamment par la volonté de préserver des relations stratégiques avec la Turquie, longtemps considérée comme un allié régional important. Les échanges commerciaux, la coopération en matière de sécurité et les intérêts énergétiques communs avaient jusqu'ici incité Jérusalem à ne pas franchir ce pas.
Cependant, les relations entre les deux pays se sont considérablement dégradées ces dernières années. La Turquie, sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan, a multiplié les critiques à l'encontre de l'État hébreu, notamment en raison de la guerre menée dans la bande de Gaza, qu'Ankara qualifie de génocide. Parallèlement, la Turquie a renforcé son soutien au Hamas, contribuant à l'éloignement des deux capitales.
La Turquie, un déni persistant
Ankara continue de rejeter catégoriquement le terme de génocide pour décrire les événements de 1915-1916, invoquant des bilans divergents et une absence d'intention systématique d'extermination de la part des autorités ottomanes. La reconnaissance par Israël constitue donc une provocation directe pour le gouvernement turc, qui pourrait y voir une action délibérée visant à l'isoler diplomatiquement.
Une reconnaissance tardive dans le concert des nations
Avec cette décision, Israël rejoint une liste croissante de pays ayant officiellement reconnu le génocide arménien. Les États-Unis, la France et l'Allemagne figurent parmi les États qui avaient déjà franchi le pas, tandis que le Parlement israélien lui-même avait examiné le sujet à plusieurs reprises sans aboutir à une position officielle de l'exécutif. La résolution adoptée ce dimanche comble ainsi un vide juridique et politique qui durait depuis la création de l'État hébreu.
Un précédent arménien et des réactions attendues
La décision israélienne intervient dans un climat régional déjà complexe. En juin 2024, l'Arménie avait reconnu l'État de Palestine, provoquant une détérioration de ses relations avec Jérusalem. Ce précédent avait été perçu par certains observateurs comme un facteur ayant pu peser sur le calendrier de la reconnaissance israélienne, bien que les responsables aient nié tout lien de cause à effet.
Du côté arménien, une réaction positive est attendue, tandis que les autorités turques devraient exprimer leur désapprobation dans les prochains jours. L'ambassadeur d'Israël à Ankara pourrait être convoqué, et des mesures de rétorsion économique ou diplomatiques ne sont pas exclues.
Un signal fort dans une région en recomposition
Au-delà du dossier historique, cette reconnaissance intervient dans un contexte où les alliances au Proche-Orient et au-delà se redessinent. Alors que les accords d'Abraham avaient ouvert une phase de normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes, la Turquie était restée en retrait. La décision israélienne risque de creuser encore le fossé entre les deux pays, tout en renforçant la position internationale de l'Arménie.
Les prochains jours devraient permettre de mesurer l'ampleur des conséquences diplomatiques, mais il est d'ores et déjà certain que cette reconnaissance marque un tournant dans la politique étrangère israélienne et dans ses relations avec Ankara.