Le groupe Bayard, éditeur de presse catholique et acteur majeur de la presse jeunesse en France, a annoncé son intention de cesser la parution du magazine mensuel « Je Bouquine ». La décision a été communiquée aux salariés ces derniers jours, dans le cadre d’un plan de restructuration visant à adapter l’entreprise aux nouvelles réalités du marché.
Cible de 8 à 12 ans, « Je Bouquine » était un titre historique dédié à la lecture et à la littérature jeunesse. Lancé en 1984, il avait fêté son 400e numéro l’an dernier. Le magazine proposait des extraits de romans, des interviews d’auteurs, des jeux et des conseils de lecture, occupant une place singulière dans l’offre de presse destinée aux préadolescents.
Un déclin accéléré par le numérique
Comme l’ensemble de la presse écrite, « Je Bouquine » subissait depuis plusieurs années une érosion continue de ses ventes. La concurrence des écrans, des réseaux sociaux et des plateformes de lecture numérique a fragilisé son modèle économique. Le lectorat jeune, traditionnellement fidèle au magazine papier, s’est progressivement détourné au profit de formats plus interactifs et immédiats.
Le groupe Bayard, qui possède également d’autres titres jeunesse comme « Pomme d’Api », « Astrapi » ou « Okapi », doit faire face à des difficultés financières récurrentes. La fermeture de « Je Bouquine » s’inscrit dans une stratégie de recentrage sur ses marques les plus rentables et les mieux adaptées aux usages numériques.
Un symbole pour l’édition jeunesse
La disparition annoncée de ce magazine suscite une vive émotion dans le milieu de l’édition et auprès des enseignants et bibliothécaires qui l’utilisaient comme outil de recommandation de lecture. « Je Bouquine » était en effet l’un des rares titres à offrir une véritable initiation à la littérature contemporaine pour enfants, publiant régulièrement des inédits d’auteurs reconnus.
Interrogé par l’AFP, un porte-parole de Bayard a confirmé la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde de l’emploi, sans préciser le nombre de postes supprimés. Il a indiqué que les abonnés en cours seraient informés des modalités de remboursement ou de transfert vers d’autres titres du groupe. La date exacte de cessation de parution n’a pas encore été fixée.
Un marché en pleine mutation
Cette annonce illustre les bouleversements profonds que connaît la presse jeunesse. Plusieurs titres ont déjà disparu ou se sont transformés en offres 100 % numériques ces dernières années. La pandémie de Covid-19 avait accéléré le recours aux écrans, fragilisant encore davantage les magazines papier destinés aux enfants.
Pour Bayard, ce renoncement à une marque emblématique marque un tournant dans son histoire. Fondé en 1864, le groupe s’était imposé comme un pilier de la presse éducative et religieuse. Sa décision de fermer « Je Bouquine » intervient alors que le secteur cherche de nouveaux modèles économiques, entre abonnements numériques, contenus audio et diversification vers l’édition de livres.
Des interrogations sur l’avenir de la lecture chez les jeunes
Au-delà des aspects économiques, la fermeture de « Je Bouquine » pose la question du rapport des enfants à la lecture à l’ère numérique. Si les pratiques évoluent, la demande pour des contenus littéraires de qualité reste forte, comme en témoigne le succès des librairies jeunesse et des événements comme le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.
Les acteurs de l’éducation espèrent que d’autres supports, numériques ou hybrides, prendront le relais pour maintenir un lien entre les jeunes et la lecture longue. Le groupe Bayard a d’ores et déjà annoncé le renforcement de son offre numérique, sans donner plus de détails.