Longtemps tributaire des hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient, le Japon opère un virage stratégique dans son approvisionnement pétrolier. Alors qu'auparavant près de 90 % de son pétrole brut importé provenait de cette région du monde et que 70 % transitait par le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique et régulièrement source de tensions, Tokyo se tourne désormais vers de nouveaux fournisseurs, principalement américains et mexicains.

Des importations en provenance d'Amérique du Nord multipliées par dix

Selon les données disponibles, les exportations de pétrole brut des États-Unis et du Mexique vers le Japon ont été multipliées par dix ces dernières années. Cette progression spectaculaire traduit une réorientation profonde de la politique d'achat de la troisième économie mondiale, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements face à l'instabilité géopolitique qui caractérise le corridor d'Ormuz.

Un contexte géopolitique préoccupant

Le détroit d'Ormuz, situé entre l'Iran et la péninsule arabique, voit passer environ un cinquième du volume mondial de pétrole. Toute perturbation de cette voie — qu'elle soit due à des tensions militaires, à des actes de sabotage ou à des sanctions économiques — expose directement le Japon à un risque de pénurie. La dépendance quasi exclusive de l'archipel à l'égard du Moyen-Orient constituait donc une vulnérabilité majeure pour sa sécurité énergétique.

Des conséquences économiques et stratégiques

Ce repositionnement s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources d'énergie. Le Japon, qui ne dispose que de très faibles réserves nationales d'hydrocarbures, avait déjà amorcé un mouvement en ce sens après les chocs pétroliers des années 1970. Toutefois, l'ampleur du changement actuel est inédite. Le recours accru au brut nord-américain permet non seulement de réduire la dépendance à l'égard d'une zone instable, mais aussi de renforcer les liens commerciaux avec deux partenaires majeurs, les États-Unis et le Mexique. Cette évolution intervient dans un contexte où les flux mondiaux de pétrole sont en pleine recomposition, sous l'effet de la hausse de la production américaine de pétrole de schiste et des nouvelles capacités de raffinage au Mexique.