Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a rejeté dimanche 31 mai les accusations de « nouveau militarisme » formulées par Pékin à l'encontre de Tokyo, qualifiant cette critique d'hypocrite. S'exprimant lors du Dialogue de Shangri-La, un forum annuel sur la sécurité en Asie qui se tenait à Singapour, il a opposé un démenti catégorique aux mises en garde répétées de la Chine.
« Rien n'est plus éloigné de la vérité », a déclaré le ministre, en référence aux allégations selon lesquelles le Japon suivrait une politique de « nouveau militarisme » déstabilisatrice pour la région. Il a invité son auditoire à réfléchir : « Il y a un pays qui possède un immense arsenal d'armes nucléaires et de bombardiers stratégiques. Le Japon n'a aucune de ces armes. Et pourtant, le Japon est qualifié de "nouveau militarisme" ».
Un tournant sécuritaire contesté
Depuis l'arrivée au pouvoir de la première ministre Sanae Takaichi, le Japon a accéléré sa transition vers une politique de défense plus proactive, s'éloignant – avec l'encouragement des États-Unis – de la doctrine pacifiste en vigueur depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette évolution s'est traduite par une augmentation significative du budget de la défense, l'acquisition de capacités militaires offensives – notamment des missiles de croisière – et un renforcement de l'alliance nippo-américaine.
Pékin a régulièrement critiqué cette orientation, y voyant une résurgence du militarisme japonais propre à compromettre la stabilité régionale. La Chine a notamment dénoncé les projets de Tokyo de réviser sa Constitution pacifiste, adoptée en 1947, pour y inclure une reconnaissance officielle des forces armées.
La réponse de Tokyo
Koizumi a contre-attaqué en soulignant le contraste entre l'effort de défense japonais et celui de la Chine. « Le Japon est considéré comme une nation "éprise de paix" », a-t-il rappelé, tout en insistant sur la nécessité pour Tokyo de continuer à renforcer ses capacités militaires face à un environnement de sécurité régional de plus en plus tendu, marqué par les activités de la Chine en mer de Chine méridionale et orientale, ainsi que par les menaces balistiques de la Corée du Nord.
Le ministre a également mis en avant la transparence du programme de défense japonais, contrastant avec « l'absence de transparence suffisante » dont ferait preuve la Chine dans l'expansion de ses capacités militaires. Cette déclaration intervient alors que le gouvernement Takaichi a annoncé un plan quinquennal de dépenses militaires sans précédent, visant à porter le budget de la défense à 2 % du PIB d'ici 2027.
Des tensions récurrentes
Ce nouvel échange verbal s'inscrit dans une série de tensions diplomatiques entre les deux puissances asiatiques. La Chine accuse régulièrement le Japon de raviver les vieux démons du militarisme, tandis que Tokyo dénonce l'affirmation militaire de Pékin et ses prétentions territoriales en mer de Chine méridionale.
Le Dialogue de Shangri-La, organisé par l'Institut international d'études stratégiques, constitue chaque année une plateforme où s'expriment les divergences stratégiques entre les pays de la région. La sortie de Koizumi y a réaffirmé la position nippone : le Japon n'entend pas renoncer à son réarmement, tout en rejetant les accusations de « nouveau militarisme » comme infondées et hypocrites.
Réactions et suites
Aucune réaction officielle de Pékin n'a été rapportée dans l'immédiat après l'intervention du ministre japonais. Il est probable que la Chine maintienne sa position, dénonçant ce qu'elle perçoit comme une escalade militaire dangereuse de la part de son voisin.
Pour Tokyo, l'enjeu est de concilier un renforcement militaire assumé avec la préservation d'une image de nation pacifique. Le chemin est étroit : alors que des manifestations de grande ampleur ont eu lieu au Japon en mai 2026 contre la révision de la Constitution pacifiste, le gouvernement Takaichi doit gérer à la fois les critiques intérieures et les pressions extérieures, notamment chinoises.
L'avenir dira si ce bras de fer rhétorique se traduira par une détente ou une escalade dans la rivalité stratégique entre les deux géants asiatiques.