Le Kennedy Center, temple des arts à Washington, a vécu une soirée contrastée le 28 juin en décernant le prix Mark Twain pour l'humour américain à Bill Maher, tout en naviguant dans l'incertitude quant à son propre avenir. L'événement, qui doit être diffusé sur Netflix le 21 juillet, a été marqué par des piques nourries contre le président Donald Trump, dont le nom a récemment été retiré du bâtiment après une décision de justice.
Une institution sous tension
L'établissement, rebaptisé un temps au nom du président Trump avant qu'un tribunal n'ordonne l'effacement de cette inscription, voit son rôle et sa programmation future questionnés. Comme l'a souligné un intervenant, l'acte de retrait du nom présidentiel a laissé des traces visibles, avec des bâches masquant encore les parties de la façade en marbre où le nom se trouvait. De nombreux artistes, réticents à se produire dans un lieu perçu comme une extension de la Maison-Blanche, ont annulé leurs prestations ces derniers mois.
Un humour transversal
Bill Maher, animateur de l'émission « Real Time With Bill Maher » sur HBO, est un critique régulier du président et de son parti. Se qualifiant lui-même de « vieux libéral », il a récemment comparé Donald Trump à un empereur, raillé ses taux d'approbation et dénoncé des actions qu'il juge « racistes, misogynes, antidémocratiques et corrompues ». Le président a répliqué en février par une longue diatribe sur les réseaux sociaux, le traitant de « poids plume très surestimé ».
Lors de la cérémonie, les humoristes présents ont célébré la capacité de Maher à critiquer les deux bords politiques. Woody Harrelson a ironisé sur le changement de nom du centre, évoquant les bâches qui persistent. Whitney Cummings a imaginé une programmation sous l'influence de Trump, avec une « saison de trois mois de Hamilton version blanc ». Louis C.K. a loué l'honnêteté de Maher, soulignant qu'il « parle aux deux côtés, contre les deux côtés, mais il est drôle tous les soirs ».
Un avenir incertain
L'institution, présidée par le président Trump depuis sa prise de fonction, fait face à un avenir flou. La décision de justice de fin mai a annulé le changement de nom intervenu plus tôt. Le centre culturel, qui a vu de nombreuses annulations de spectacles en raison de son ambiance politique délétère, cherche désormais à retrouver une stabilité et une programmation attrayante. L'édition 2025 des Kennedy Center Honors avait déjà été marquée par la présence remarquée du président lui-même.
Des invités de marque
Outre les humoristes, la soirée a réuni des personnalités comme Jay Leno, le chanteur John Mellencamp, la femme d'affaires Arianna Huffington, et le commentateur sportif Stephen A. Smith, ce dernier ayant récemment été en conflit public avec le président Trump. Le spectacle, enregistré dimanche, sera proposé aux abonnés de Netflix dans quelques semaines.
En recevant ce prix, Bill Maher s'inscrit dans une lignée prestigieuse d'humoristes ayant marqué la scène américaine. Mais le contexte politique et juridique entourant le Kennedy Center a conféré à la cérémonie une tonalité particulière, mêlant hommage artistique et commentaire politique direct, dans une institution dont le nom même est devenu un enjeu de pouvoir.