Le Japon a marqué une nouvelle étape dans son programme spatial avec le décollage réussi de sa fusée H3, jeudi 12 juin, depuis le centre spatial de Tanegashima. Le lanceur a mis sur orbite six petits satellites, parmi lesquels figure un nanosatellite développé par une jeune pousse française.

Ce vol constitue un succès important pour l'agence spatiale japonaise (JAXA) et son partenaire industriel Mitsubishi Heavy Industries, après un premier essai mitigé de la H3 en 2023. Le lanceur, dont le développement a été marqué par des retards et des difficultés techniques, semble désormais sur la voie de la fiabilisation.

Un équipage hétéroclite à bord

Les six satellites embarqués sont de taille modeste, mais leurs missions sont diverses : observation de la Terre, mesure de l'environnement spatial, ou encore démonstration technologique. Parmi eux, le nanosatellite français, conçu par la société Exotrail, doit tester un système de propulsion électrique miniaturisé destiné aux très petits engins orbitaux. Le dispositif, baptisé « Aurora », consomme peu d'énergie et pourrait prolonger la durée de vie de futures constellations de cubesats.

Les autres charges utiles proviennent d'acteurs japonais et internationaux, illustrant la volonté de Tokyo d'ouvrir son lanceur à des clients commerciaux. Le gouvernement nippon espère que la H3 deviendra un vecteur compétitif sur le marché mondial des lancements de petits satellites, face à des concurrents comme SpaceX ou Arianespace.

Un enjeu industriel et stratégique

La famille H3 succède aux lanceurs H-IIA et H-IIB, qui ont effectué des dizaines de missions depuis la fin des années 1990. L'ambition affichée par la JAXA et Mitsubishi Heavy Industries est de diviser par deux le coût de lancement par rapport aux modèles précédents, afin de rester dans la course face à l'essor des opérateurs privés. Le nouveau lanceur utilise un moteur à propergol liquide de conception japonaise, le LE-9, qui brûle un mélange d'hydrogène et d'oxygène liquides.

Le succès de ce vol permet également au Japon de consolider son autonomie d'accès à l'espace, dans un contexte de tensions régionales et de concurrence accrue entre puissances spatiales. La H3 est appelée à prendre la relève pour les missions institutionnelles, qu'il s'agisse de l'envoi de satellites de reconnaissance, de météorologie ou encore de ravitaillement de la Station spatiale internationale.

Un nanosatellite français parmi les pionniers

La participation d'Exotrail à cette mission symbolise la montée en puissance des jeunes entreprises européennes du spatial. La start-up, fondée en 2016, s'est spécialisée dans les systèmes de transport et de propulsion pour petits satellites. Son système Aurora, qui utilise un gaz ionisé pour générer une poussée, permet d'effectuer des manœuvres orbitales avec une masse très réduite.

Le directeur général de l'entreprise a salué « une étape cruciale » pour la démonstration de cette technologie, qui pourrait équiper des flottes entières de cubesats à l'avenir. Les premiers retours de télémétrie indiquent que le satellite français est en bonne santé et que les vérifications de ses sous-systèmes se déroulent normalement.

Une trajectoire rassurante

Le déroulement du lancement a été conforme aux prévisions, a confirmé la JAXA dans un communiqué. La séparation des six satellites a eu lieu environ deux heures après le décollage, sur une orbite héliosynchrone à environ 600 kilomètres d'altitude. Ce type d'orbite, qui permet de survoler les mêmes régions de la Terre à heure solaire constante, est particulièrement prisé pour les missions d'observation.

Aucun incident n'a été signalé au cours des différentes phases du vol, de l'allumage des propulseurs d'appoint à l'extinction du moteur principal. La charge utile a été libérée dans des conditions nominales, selon l'agence spatiale nippone.

Perspectives

Ce succès ouvre la voie à une cadence de lancements plus soutenue pour la H3, avec plusieurs vols commerciaux déjà programmés. Le Japon espère ainsi s'imposer comme un acteur incontournable du transport spatial pour petits satellites, un segment en pleine expansion. Le prochain tir est attendu avant la fin de l'année, avec à son bord un satellite d'observation terrestre commandé par le gouvernement.