Des milliers de Colombiens sont sortis dans les rues vêtus du maillot jaune de leur sélection nationale, mais ce n’était pas pour soutenir l’équipe à l’approche de la Coupe du monde. Dimanche dernier, ils ont porté ce maillot emblématique pour voter au premier tour de l’élection présidentielle, répondant à l’appel du candidat de droite Abelardo De La Espriella, qui en avait fait son uniforme de campagne.
Ce déploiement massif, observable lors des meetings de clôture comme dans les bureaux de vote, a contourné l’interdiction légale de porter des insignes partisans dans les isoloirs. La manœuvre a permis à M. De La Espriella de se qualifier pour le second tour, prévu plus tard ce mois-ci, où il affrontera le sénateur de gauche Iván Cepeda.
Ce dernier a vivement critiqué l’initiative, accusant son adversaire de s’approprier le maillot national à des fins électorales. De son côté, la Fédération colombienne de football a dénoncé une utilisation de l’équipe nationale pour « la confrontation politique », appelant à préserver la neutralité de ce symbole sportif.
Le contexte est d’autant plus sensible que deux grands événements se télescopent en juin : le second tour de l’élection présidentielle et la participation de la Colombie au Mondial. Le maillot jaune, traditionnellement perçu comme un signe de ralliement au-delà des clivages, se trouve désormais au cœur d’une bataille partisane.
L’appropriation politique de ce vêtement a été renforcée par le soutien apporté mardi à M. De La Espriella par le président américain Donald Trump. Ce ralliement a encore durci les positions, faisant du maillot un marqueur identitaire pour la droite nationaliste.
Pour de nombreux Colombiens, ce détournement du maillot national est inédit. Jamais un candidat n’avait à ce point fusionné un symbole d’unité sportive avec sa campagne. Alors que la Coupe du monde débute, certains redoutent que les supporters de l’équipe nationale, arborant fièrement le maillot jaune dans les stades, soient perçus comme des militants politiques, ce qui pourrait attiser les tensions dans un pays déjà très polarisé.
La Fédération colombienne de football n’a pas pris position sur le fond politique, mais a rappelé que l’image de la sélection ne devait pas être utilisée comme « instrument politique ». De leur côté, les deux candidats se préparent au duel à venir, chacun tentant de capitaliser sur la ferveur populaire liée au Mondial.
Le second tour de l’élection présidentielle colombienne se tiendra dans les semaines à venir, tandis que l’équipe nationale entamera sa campagne en Coupe du monde. Le maillot jaune, qui flotte entre passion sportive et division politique, illustre les fractures d’une société à la veille d’un scrutin décisif.