Le maire de Berlin, Kai Wegner (Union chrétienne-démocrate, CDU), a annoncé vendredi qu'il renonçait à se présenter à sa propre succession lors du scrutin régional prévu en septembre. Cette décision met un terme à une campagne déjà fragilisée par ce que la presse a surnommé le « tennis-gate », après que l'édile a choisi de jouer au tennis alors que des dizaines de milliers de Berlinois se trouvaient privés d'électricité et de chauffage en pleine vague de froid.

« J'ai été élu maire et je le reste jusqu'à la fin de mon mandat », a déclaré Kai Wegner lors d'une conférence de presse, sur un ton qualifié de presque provocateur. Il a précisé qu'il entendait exercer ses fonctions jusqu'au terme de la législature, mais qu'il ne figurerait pas sur les bulletins de vote de l'élection à venir.

La genèse d'une controverse

L'affaire remonte au 3 janvier 2026, lorsqu'une panne d'électricité a paralysé le sud-ouest de la capitale. L'origine de l'incident est un acte criminel : des auteurs inconnus ont incendié des câbles à haute tension. Les conséquences ont été sévères : environ 45 000 foyers ont été privés de courant et de chauffage alors que les températures étaient négatives. Au total, près de 100 000 personnes ont été touchées, dont des patients d'hôpitaux, des élèves d'écoles et, de manière particulièrement dramatique, des résidents de maisons de retraite qui ont dû être évacués vers des abris chauffés. Il a fallu plus de quatre jours pour rétablir l'intégralité du réseau, ce qui constitue la plus longue interruption de courant à Berlin depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un groupe d'extrême gauche se présentant sous le nom de « Vulkangruppe » a revendiqué l'attaque avant de se rétracter par la suite. L'événement a relancé le débat sur la sécurité des infrastructures critiques dans la métropole allemande.

Un loisir mal perçu

C'est dans ce contexte que la révélation du comportement du maire a provoqué un tollé. Alors que la panne persistait et que les autorités étaient mobilisées, Kai Wegner a été vu en train de jouer au tennis. Ce qu'il a d'abord présenté comme un simple moment de détente a été perçu comme une manifestation d'indifférence face à la détresse de ses administrés. La presse et l'opposition ont rapidement baptisé l'épisode « tennis-gate », un scandale qui a durablement entamé sa crédibilité.

Plusieurs faux pas médiatiques ont ensuite aggravé la situation, même si la polémique du tennis a été la plus emblématique. Sous la pression croissante de son propre parti – la CDU du chancelier Friedrich Merz – et face à des sondages défavorables, Kai Wegner a donc préféré jeter l'éponge.

Conséquences politiques pour la CDU

Cette décision laisse planer une incertitude sur l'identité du candidat que la CDU investira pour le scrutin de septembre à Berlin. Le parti conservateur doit désormais trouver rapidement une figure capable de mener campagne, alors que la gauche berlinoise pourrait tirer profit de la situation.

Kai Wegner dirigeait depuis avril 2023 une coalition inédite entre la CDU (centre droit) et le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD, centre gauche). Ce mariage politique, qui faisait suite à des années d'instabilité gouvernementale dans la ville-État, avait été présenté comme un gage de sérieux. Mais l'accumulation de polémiques, culminant avec le « tennis-gate », a eu raison de ses ambitions électorales.

Le départ du maire sortant de la course électorale ne signifie pas pour autant un bouleversement immédiat pour l'exécutif local, le temps que la campagne s'achève. Reste à savoir si la CDU parviendra à préserver sa coalition et à proposer un successeur crédible.