Les incertitudes qui planent sur l'économie de la zone euro demeurent élevées, a estimé Fabio Panetta, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), lors d'une récente intervention. Selon lui, la conjoncture économique se caractérise par une « fragilité » qui expose la région à des risques à la fois inflationnistes et récessifs.
S'exprimant à l'occasion d'une conférence, le responsable italien a insisté sur la nécessité pour l'institution monétaire de ne pas relâcher sa vigilance. Il a rappelé que l'ampleur exacte du choc inflationniste subi par l'économie européenne n'a pas encore été totalement mesurée, et que ses conséquences pourraient se faire sentir plus longtemps que prévu.
Un équilibre délicat pour la politique monétaire
Les propos de Fabio Panetta interviennent alors que la BCE se trouve confrontée à un exercice d'équilibriste. D'un côté, l'inflation, bien qu'en recul par rapport aux pics de l'année précédente, reste à un niveau jugé trop élevé par les autorités monétaires, qui ont relevé leurs taux d'intérêt à plusieurs reprises. De l'autre côté, un resserrement trop brutal ou trop prolongé des conditions de crédit risque d'étouffer une reprise économique encore fragile, notamment dans certains États membres les plus endettés.
« Les risques pour l'inflation et la croissance sont tous deux orientés à la baisse », a souligné le banquier central, citant les tensions géopolitiques persistantes, les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement et l'évolution incertaine des prix de l'énergie. Il a également évoqué l'impact du conflit en Ukraine, qui continue de peser sur la confiance des ménages et des entreprises.
L'importance des données à venir
Face à cette situation, Fabio Panetta a plaidé pour une approche « dépendante des données », où chaque décision de politique monétaire serait prise en fonction des indicateurs économiques les plus récents. Il a estimé que la BCE devait éviter de s'engager à l'avance sur une trajectoire de taux prédéterminée, afin de conserver une marge de manœuvre pour s'adapter à l'évolution de la conjoncture.
« Les perspectives sont fragiles et nous devons rester extrêmement prudents », a-t-il insisté. Selon lui, il est encore trop tôt pour déclarer la victoire sur l'inflation, même si les derniers chiffres montrent une décrue progressive. Il a également mis en garde contre une normalisation trop rapide de la politique monétaire, qui pourrait compromettre les progrès déjà accomplis.
Des divergences entre les membres de la BCE
Les déclarations de Fabio Panetta, réputé pour sa position plus accommodante, contrastent avec les discours de plusieurs autres membres du conseil des gouverneurs, qui plaident pour un maintien prolongé de taux élevés afin d'ancrer durablement les anticipations d'inflation. Ce débat reflète les tensions internes à l'institution sur le rythme et l'ampleur du resserrement monétaire nécessaire.
Si une majorité de responsables semblent privilégier une pause dans le cycle de hausse des taux, certains estiment que le combat contre l'inflation n'est pas encore gagné et qu'un nouveau tour de vis pourrait être nécessaire si les prix devaient repartir à la hausse. Ces divergences pourraient compliquer la communication de la présidente Christine Lagarde lors des prochaines réunions.
Un impact sur les marchés financiers
Les investisseurs suivent de près les prises de parole des responsables de la BCE pour tenter d'anticiper les futures décisions. Les propos de Fabio Panetta, perçus comme un signe de prudence, ont été accueillis avec une relative sérénité par les marchés obligataires, où les rendements des dettes souveraines des pays du Sud de l'Europe ont légèrement reculé.
Cependant, l'incertitude demeure quant à la capacité de la zone euro à naviguer entre le risque inflationniste et le risque de récession. L'évolution des prix de l'énergie, les tensions sur le marché du travail et la vigueur de la demande intérieure seront autant de facteurs déterminants dans les mois à venir.
En attendant, Fabio Panetta a appelé les gouvernements de la zone euro à accompagner l'action de la BCE par des politiques budgétaires responsables, afin de ne pas ajouter de nouvelles pressions sur les prix tout en soutenant la croissance. Un message qui résonne particulièrement dans le contexte de consolidation budgétaire exigé par les nouvelles règles européennes.