Londres – Le secrétaire d'État à la Défense britannique, John Healey, a présenté sa démission ce jeudi, marquant un coup dur pour le gouvernement de Keir Starmer. Dans une lettre rendue publique, Healey critique vertement l'absence de volonté politique et budgétaire pour répondre aux besoins de la défense nationale dans un contexte géopolitique dégradé.

Healey déclare que le Premier ministre « n'a pas été capable », et le Trésor « n'a pas été disposé », à « engager les ressources dont la nation a besoin pour défendre le pays en cette période de menaces croissantes ». Il précise que les propositions relatives au Plan d'investissement pour la défense (DIP), qu'il a reçues lundi, sont « bien en deçà de ce qui est nécessaire pour la défense et pour le pays en cette période dangereuse ».

La démission intervient alors que le gouvernement était attendu sur l'annonce de ce plan, initialement prévu à l'automne dernier, mais qui a subi de multiples reports. Les discussions butaient sur le montant de l'enveloppe, le ministère de la Défense réclamant 28 milliards de livres sterling supplémentaires, tandis que le Trésor aurait proposé une hausse de 13,5 milliards sur quatre ans. Healey déplore que le financement soit « décalé dans le temps » alors que « la pression des opérations et l'impératif d'accélérer la préparation au combat se situent dans les deux premières années ».

Le Royaume-Uni s'est engagé à porter ses dépenses de défense à 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) d'ici 2035, mais sans détailler le financement. Healey souhaitait un objectif de 3 % dès 2030, un calendrier qu'il juge plus adapté à l'urgence. Il rappelle que le Premier ministre lui-même a évoqué la semaine dernière la possibilité d'une attaque russe contre l'OTAN dès 2030.

Réactions et conséquences politiques

Keir Starmer a répondu en assurant que le DIP apporterait « les ressources dont nos militaires ont besoin pour assurer notre sécurité et la clarté dont l'industrie de défense britannique a besoin pour planifier ». Il a défendu une augmentation « durable et équitable », sans recours à « un emprunt irresponsable », et a évoqué des redéploiements de fonds entre ministères.

Cette démission est la deuxième en quelques semaines au sein du cabinet, après celle du secrétaire à la Santé Wes Streeting. Elle affaiblit encore un Premier ministre déjà fragilisé par de mauvais résultats électoraux et des appels à sa démission au sein de son propre parti. Elle précède aussi une élection partielle cruciale où le candidat travailliste Andy Burnham cherche à revenir à Westminster, ce qui pourrait lui permettre de défier Starmer pour la direction du parti.

L'opposition a vivement réagi. Le secrétaire d'État à la Défense fantôme, James Cartlidge (conservateur), a estimé que Healey « n'avait pas le choix » après une offre « dérisoire ». Le député de Reform UK, Richard Tice, a affirmé que cette démission « exposait les véritables priorités du Premier ministre », ajoutant que « Keir Starmer laisse le peuple britannique moins en sécurité ». Kevin Craven, directeur général de l'association professionnelle de défense ADS, a qualifié cette situation de « reflet accablant de l'état actuel des choses », soulignant que « la sécurité nationale et la défense du royaume ne sont pas le travail d'un comptable ».