L'entraîneur français Sébastien Migné qualifie de « lunaire » l'épisode durant lequel il a dirigé l'équipe nationale de Syrie. Dans un témoignage, il revient sur les conditions singulières de son mandat, exercé sous le régime de Bachar el-Assad, au cœur d'un conflit dévastateur.

Nommé à la tête de la sélection syrienne en 2017, le technicien a dû composer avec un environnement géopolitique extrêmement tendu. Il évoque des entraînements perturbés par les bruits des combats, des déplacements périlleux et une organisation logistique constamment bouleversée par l'insécurité. « Sans doute le moment le plus lunaire de ma carrière », confie-t-il, en référence à l'incongruité de diriger une équipe de football dans un pays ravagé par la guerre.

Des liens étroits avec le pouvoir

Au-delà des difficultés matérielles, Sébastien Migné souligne la relation paradoxale qu'il entretenait avec les autorités syriennes. Il décrit des rencontres régulières avec des figures du régime, dont le président Bachar el-Assad lui-même. Ces interactions, imposées par le contexte, contrastaient avec l'ordinaire d'un sélectionneur. Le Français explique avoir été invité à des cérémonies officielles et avoir reçu des directives émanant directement du sommet de l'État, une situation qu'il juge « irréelle ».

Cette promiscuité avec le pouvoir a exposé l'entraîneur à des critiques, tant en Syrie qu'à l'international. Certains observateurs lui ont reproché de servir de caution sportive à un régime accusé de crimes de guerre. Sébastien Migné affirme pour sa part n'avoir jamais mélangé politique et football, insistant sur son unique objectif : qualifier la Syrie pour une Coupe du monde, un rêve qui s'est finalement évanoui lors d'un barrage.

Un quotidien sous les bombes

Le récit de Migné dépeint un quotidien où le sport tente de survivre au milieu des ruines. Les joueurs, issus d'un championnat local exsangue ou de la diaspora, devaient être rassemblés dans des conditions précaires. Les matchs à domicile se déroulaient souvent à l'étranger, faute de stade sécurisé en Syrie. Le technicien se souvient de séances de travail interrompues par des tirs d'artillerie, forçant le groupe à se mettre à l'abri.

Malgré ces obstacles, la sélection syrienne a réalisé une campagne de qualification remarquable pour le Mondial 2018, frôlant la qualification. Cette performance a valu à Migné une certaine reconnaissance, mais aussi une pression accrue de la part d'un régime désireux d'utiliser ce succès à des fins de propagande.

Un bilan contrasté

Le passage de Sébastien Migné sur le banc syrien laisse un souvenir en demi-teinte. Sur le plan sportif, il a permis à l'équipe de se hisser à un niveau jamais atteint depuis des décennies. Sur le plan humain, il dit avoir vécu une expérience « incroyablement riche » mais « traumatisante » par moments. Il garde le contact avec plusieurs de ses anciens joueurs, dont certains ont fui le pays.

Aujourd'hui, l'entraîneur français porte un regard lucide sur cette parenthèse. Il reconnaît que le football syrien était un « outil » entre les mains du régime, mais assure n'avoir jamais franchi la ligne rouge de l'engagement politique. « Je faisais mon métier », résume-t-il, conscient que cette expérience restera à jamais gravée dans sa mémoire comme la plus singulière de sa carrière.