Le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) met en garde contre une escalade du danger nucléaire. Dans son rapport annuel, l'institut souligne une tendance préoccupante : si le nombre total d'ogives nucléaires dans le monde a diminué, celui des armes déployées et prêtes à être utilisées a augmenté.

« Les États dotés d'armes nucléaires les sortent de leurs stocks et les déploient », résume le Sipri, cité par des sources concordantes. Cette évolution traduit un changement de posture de la part des puissances nucléaires, qui modernisent leurs arsenaux et accroissent leur disponibilité opérationnelle.

Un paradoxe apparent : moins d'ogives, plus de menace

Le constat du Sipri repose sur un paradoxe. Le nombre total d'ogives nucléaires dans le monde continue de baisser, principalement en raison du démantèlement d'anciennes têtes issues de la guerre froide par les États-Unis et la Russie. Cependant, la proportion d'armes nucléaires déployées sur des vecteurs opérationnels — missiles, bombardiers, sous-marins — est en hausse.

Cette situation est jugée « alarmante » par les experts, car elle réduit les délais de réaction et augmente les risques d'utilisation accidentelle ou délibérée. Le Sipri estime que la course aux armements qualitatifs, axée sur la modernisation des arsenaux, est désormais plus prononcée que la réduction quantitative.

Des programmes de modernisation accélérés

Le rapport souligne que les neuf États dotés de l'arme nucléaire — États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord — poursuivent ou accélèrent leurs programmes de modernisation. La Chine, en particulier, est en train d'étendre son arsenal plus rapidement que prévu. La Russie et les États-Unis, qui possèdent à eux seuls plus de 90 % des ogives mondiales, remplacent leurs systèmes d'armes vieillissants par des modèles plus sophistiqués.

Le Sipri note également que la France et le Royaume-Uni investissent dans le renouvellement de leurs capacités. L'Inde et le Pakistan développent de nouveaux vecteurs, tandis qu'Israël maintiendrait sa politique d'ambiguïté. La Corée du Nord, de son côté, poursuit ses essais et accroît la taille de son arsenal.

Un contexte géopolitique tendu

Cette évolution intervient dans un contexte géopolitique marqué par des tensions croissantes. La guerre en Ukraine a ravivé les craintes d'une confrontation directe entre puissances nucléaires. Les propos tenus par plusieurs responsables russes sur l'utilisation potentielle de l'arme atomique ont alimenté les inquiétudes.

Par ailleurs, la dégradation des relations entre les États-Unis et la Chine, notamment autour de Taïwan, est source de préoccupation. Le Sipri observe que les dialogues bilatéraux sur le contrôle des armements sont au point mort, et que les traités traditionnels de désarmement sont affaiblis.

Les appels au désarmement sans effet

Malgré les engagements répétés en faveur du désarmement nucléaire, notamment dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP), les puissances nucléaires continuent d'investir massivement dans leurs arsenaux. Le Sipri estime que les budgets alloués à la modernisation des forces nucléaires ont augmenté de manière significative ces dernières années.

Les experts de l'institut suédois appellent à une reprise urgente du dialogue sur le contrôle des armements. Ils jugent que la communauté internationale doit prendre la mesure de cette dégradation et agir pour réduire les risques d'une escalade nucléaire.

Des chiffres précis du rapport

Le rapport annuel du Sipri, publié en juin, fournit des données détaillées sur l'état des arsenaux dans le monde. Il évalue à environ 12 500 le nombre total d'ogives nucléaires début 2026, soit une légère baisse par rapport à l'année précédente. En revanche, le nombre d'ogives déployées sur des missiles ou des avions en état d'alerte a augmenté, pour s'établir à environ 3 800.

Le Sipri souligne que les forces nucléaires opérationnelles sont de plus en plus « alertées », ce qui signifie qu'elles peuvent être lancées en quelques minutes. Cette posture accroît les risques de tir accidentel ou de mauvaise interprétation, selon l'institut.