Pakistan : la « taxe périodique » abolie, un premier pas jugé insuffisant
Le gouvernement pakistanais s’apprête à supprimer la taxe de vente de 18 % qui s’applique aux serviettes hygiéniques et aux tampons à partir du mois de juillet. L’annonce a été faite par le ministre des Finances, Muhammad Aurangzeb, qui a qualifié ces produits d’« indispensables pour la santé et la dignité des femmes ainsi que pour leur pleine participation à la vie sociale ». Cette décision intervient après une mobilisation citoyenne et une action en justice intentée l’année dernière par une militante, Mahnoor Omer, qui avait saisi la justice pakistanaise pour faire reconnaître les protections menstruelles comme biens essentiels.
Un geste attendu mais limité
Si les organisations de défense des droits des femmes saluent cette avancée, elles soulignent qu’elle ne résout qu’une partie du problème. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), les taxes représentent environ 40 % du prix final des protections hygiéniques au Pakistan. La seule suppression de la taxe de vente ne suffira donc pas à rendre ces produits accessibles à toutes. Hira Amjad, directrice exécutive de la fondation DASTAK, une organisation pakistanaise qui organise des ateliers sur la santé menstruelle, a qualifié cette mesure de « premier pas nécessaire ». Elle a toutefois estimé que son impact serait limité pour les familles les plus démunies, qui doivent souvent « choisir entre mettre de la nourriture sur la table ou acheter des protections périodiques ».
Une précarité menstruelle massive
Le Pakistan, cinquième pays le plus peuplé au monde, connaît une situation de précarité menstruelle aiguë. D’après l’UNICEF, seules 12 % des filles et femmes en âge de menstruation utilisent des serviettes hygiéniques commerciales, contre 36 % dans l’Inde voisine. Dans les zones rurales et au sein des familles conservatrices, le recours à des chiffons et à des morceaux de tissu usagés, souvent insalubres, reste la norme. L’UNICEF estime également qu’une fille sur cinq manque l’école à cause de ses règles.
Mahnoor Omer, reconnue comme l’une des « femmes de l’année » par le magazine Time pour son militantisme, a salué la suppression de la taxe de vente mais a appelé le gouvernement à aller plus loin en supprimant les autres taxes qui pèsent sur ces produits. La Haute Cour pakistanaise, saisie par sa requête, doit rendre sa décision dans le dernier trimestre de l’année. Cette action en justice vise à faire déclarer les serviettes et tampons comme des produits de première nécessité.
Un tabou persistant
Au-delà des questions économiques, la stigmatisation liée aux règles reste un obstacle majeur. Abeera Mujeeb, étudiante en informatique à Quetta, raconte qu’une enseignante lui a un jour reproché de ne pas avoir dissimulé une serviette hygiénique qu’elle transportait. « Vous ressentez de la gêne lorsque vous en achetez », confie Areeba Khan, étudiante en sciences informatiques à Mastung. « Quand vous allez au magasin, vous attendez que tout le monde soit parti » avant de demander les produits. Hira Amjad note toutefois une évolution positive : les garçons et les jeunes hommes, lors des ateliers, posent de plus en plus de questions sur la manière de soutenir leurs sœurs et leurs mères, ce qui pourrait contribuer à briser le silence autour de ce sujet.
Une mesure à concrétiser
La suppression de la taxe, si elle est confirmée, entrerait en vigueur en juillet. Reste à savoir si cette baisse se répercutera effectivement sur les prix de vente au public et si elle bénéficiera aux femmes les plus vulnérables. Pour l’instant, le gouvernement n’a pas détaillé les mécanismes de contrôle. Les militantes restent mobilisées pour obtenir des engagements supplémentaires, tant sur le plan fiscal que sur l’accès à l’information et à l’éducation menstruelle.