Le pape Léon XIV a exhorté les responsables politiques et la société à cesser d’« attiser les flammes de la polarisation », lors du premier jour de sa visite d’une semaine en Espagne, samedi 6 juin. C’est la première fois qu’un pape se rend dans ce pays depuis 2011, et il s’agit de la première tournée du pontife dans un État membre de l’Union européenne hors d’Italie.

Un message d’unité et de complexité

Dans son discours prononcé à Madrid, le souverain pontife a invité chacun à « mettre de côté les récits divisants et polarisants de votre réalité sociétale et de votre histoire, afin de surmonter les simplifications stériles par une appréciation féconde de la complexité ». Il a estimé que la technologie amplifie les préjugés et affaiblit l’esprit critique, contribuant ainsi à la fragmentation du dialogue public.

Prenant l’exemple de l’histoire espagnole, marquée par une coexistence pacifique entre religions et cultures, le pape a souligné que « le message de paix, qui aujourd’hui malheureusement semble naïf aux uns et provocateur aux autres, est accueilli par ceux qui ne s’enferment pas dans des idéologies préconçues mais sont ouverts à la vérité ». Il a jugé que « la culture de la rencontre, et non de la confrontation, est ce qui favorise la stabilité et la prospérité ».

Rencontres avec les marginalisés

Le pape Léon XIV a fait des plus vulnérables le thème central de son voyage. Il a ainsi rencontré des personnes sans domicile fixe à Madrid et doit se rendre aux îles Canaries pour un entretien avec des migrants. Il a également prévu de s’entretenir avec des survivants d’abus sexuels commis par des membres du clergé catholique espagnol, reconnaissant que « les abus restent une plaie ouverte ».

Cette visite intervient alors que l’Église espagnole commence à peine à affronter son passé en matière d’agressions sexuelles longtemps dissimulées. Le pape, qui s’est déjà opposé au président américain Donald Trump sur ses politiques migratoires et la guerre avec l’Iran, a déclaré que son déplacement visait à donner l’exemple du respect de « chaque être humain ».

Accueil populaire et coïncidence avec Bad Bunny

Des milliers de personnes ont bordé les rues du centre de Madrid pour acclamer le pape, qui a parcouru la ville à bord de la papamobile. Affiches et portraits du souverain pontife étaient visibles un peu partout, jusque dans les rames de métro.

Le séjour du pape coïncide avec deux concerts du chanteur portoricain Bad Bunny durant le même week-end. Interrogé sur le sujet, le pape a plaisanté : « Si on leur pose la question “Voulez-vous aller voir Bad Bunny ou le pape ?”, je pense que beaucoup iront voir Bad Bunny. Mais je crois qu’il y en aura aussi quelques-uns pour voir le pape. Et cela en dit long, vous savez. »

Contexte politique espagnol

L’appel du pape contre la polarisation résonne dans un climat politique espagnol marqué par des controverses sur l’immigration et la corruption. Selon des données récentes, la proportion de jeunes Espagnols se déclarant catholiques a connu une résurgence, atteignant près de 29 % en 2025.

Le pape Léon XIV, premier Américain à diriger l’Église catholique, s’est montré très actif sur les sujets internationaux, notamment l’intelligence artificielle, l’immigration et le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Cette visite en Espagne confirme sa volonté de placer le dialogue et la rencontre au cœur de son magistère.