Le pape Léon XIV a procédé mercredi à la bénédiction de la tour centrale de la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone, un édifice désormais consacré comme la plus haute église du monde. Le souverain pontife a également célébré une messe à l'intérieur du monument, dont la construction, débutée en 1882, s'étend sur près d'un siècle et demi.
Cette visite s'inscrit dans le cadre d'un déplacement d'une semaine du pape en Espagne, qui coïncide avec le centenaire de la mort d'Antoni Gaudí, survenu le 10 juin 1926 après avoir été percuté par un tramway. Le religieux catalan, dont la cause en béatification progresse au Vatican, a conçu cette basilique comme un chef-d'œuvre moderniste demeuré inachevé.
La tour Jésus-Christ, sommet architectural
Achevée en février dernier, la tour centrale dédiée à Jésus-Christ culmine à 172,5 mètres. Cette hauteur, délibérément inférieure aux 177 mètres de la colline barcelonaise de Montjuïc, constitue un geste de respect religieux de la part de Gaudí, pour qui la colline était une œuvre divine. Coiffée d'une croix en verre et céramique à cinq étages, cette flèche confère à la Sagrada Familia le titre d'édifice religieux le plus élevé de la planète.
Pour le pape Léon, cette étape barcelonaise fait suite à des journées intenses à Madrid où il a prononcé un discours inédit devant le Parlement espagnol et célébré une messe en plein air rassemblant 1,5 million de fidèles. Lors de son séjour, le dirigeant de l'Église catholique, qui compte 1,4 milliard de membres dans le monde, a dénoncé la polarisation et appelé à un « dialogue patient » plutôt qu'à la guerre et au réarmement. Il s'est également engagé à renforcer l'action ecclésiale contre ce qu'il a qualifié de « fléau » des violences sexuelles commises par le clergé.
Un édifice entre vénération et controverse
La Sagrada Familia, visitée par près de cinq millions de personnes l'an dernier, attire les foules mais cristallise aussi des tensions locales. La perspective d'achever la façade de la Gloire et ses quatre clochers, conformément au projet initial, impliquerait la destruction de jusqu'à deux pâtés de maisons pour dégager un grand escalier et une place. Les riverains concernés mènent depuis des années une bataille juridique et citoyenne pour empêcher ces expropriations.
Des habitants dénoncent par ailleurs une cité congestionnée par le tourisme de masse, qui contribue à la flambée des loyers et à la pénurie de logements. La basilique se trouve ainsi au carrefour de préoccupations locales sur l'identité de Barcelone, la pression foncière et le déplacement forcé de populations.
Financement et horizon d'achèvement
La construction de l'édifice a connu un coup d'arrêt avec la pandémie de Covid-19, qui a paralysé le tourisme, principale source de revenus du monument – le plus visité d'Espagne parmi ceux soumis à des droits d'entrée. Le retour massif des visiteurs a depuis renfloué les caisses de la fondation canonique privée qui gère le chantier, laquelle s'appuie également sur des dons privés.
Initialement, la fondation espérait achever l'ensemble des travaux cette année. Ce calendrier a été bouleversé par la crise sanitaire, et les responsables du chantier se montrent désormais discrets sur une nouvelle échéance. Selon les projections, l'achèvement complet pourrait intervenir dans environ une décennie, mais le sort des bâtiments d'habitation situés sur le tracé de la façade de la Gloire continue d'alimenter les débats.
Un legs architectural et spirituel
La visite papale a également offert l'occasion de rappeler la ferveur religieuse de Gaudí, surnommé « l'architecte de Dieu ». Son œuvre, mêlant inspiration naturaliste et symbolisme catholique, a profondément marqué le paysage barcelonais. Pour l'architecte Mauricio Cortés, qui a travaillé sur la tour centrale récemment achevée, le défi quotidien est aussi de composer avec la circulation urbaine : il confie redouter davantage les livreurs à vélo que les tramways qui avaient causé la mort de son prédécesseur.
Après Barcelone, le pape doit se rendre jeudi et vendredi aux îles Canaries, où il axera son message sur la question migratoire, cet archipel atlantique constituant une porte d'entrée majeure en Europe pour les migrants en situation irrégulière.