Le Parlement hongrois a voté lundi en faveur d’un amendement à la Loi fondamentale qui instaure une limite de deux mandats pour le Premier ministre, soit huit ans au total, y compris pour des mandats non consécutifs. Cette réforme, l’une des premières initiatives du gouvernement dirigé par Péter Magyar, empêche Viktor Orbán, qui a dirigé le pays sans interruption pendant seize ans avant sa défaite aux élections d’avril, de revenir au pouvoir.
Le parti Tisza, arrivé en tête des élections législatives avec une majorité des deux tiers, a utilisé cette super-majorité pour faire adopter le texte. Le scrutin a recueilli 135 voix pour et 50 contre, tandis que six élus se sont abstenus. Le texte doit encore être promulgué par le président de la République, Tamás Sulyok, pour entrer en vigueur.
Une mesure dirigée contre Viktor Orbán
Viktor Orbán, réélu à la tête de son parti Fidesz samedi, a vivement critiqué cette décision. « La loi Orbán vient d’être adoptée. C’était la question la plus urgente. Si on a besoin de moi, je serai là », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. Il a estimé que le parti Tisza, au pouvoir depuis seulement un mois, ne devrait pas « rêver de huit ans » à l’avance. Balázs Orbán, ancien directeur politique de Viktor Orbán, a accusé Péter Magyar d’« utiliser le pouvoir politique pour exclure un opposant de la compétition démocratique ».
La modification constitutionnelle prévoit également que Péter Magyar lui-même ne pourra pas gouverner au-delà de 2034, s’il reste en fonction au-delà d’un premier mandat complet.
Suppression d’institutions héritées de l’ère Orbán
Au-delà de la limitation des mandats, l’amendement supprime l’obligation légale de maintenir une agence indépendante chargée de protéger « l’identité constitutionnelle » du pays. Cette disposition ouvre la voie à la dissolution du Bureau de protection de la souveraineté, créé en 2023 par le gouvernement précédent pour surveiller les « ingérences politiques indues » d’« intérêts étrangers ». Cette agence avait été utilisée pour enquêter sur des journalistes et des organisations non gouvernementales critiques à l’égard de Viktor Orbán, selon des organisations de défense des droits humains. Un vote sur le projet de loi visant à dissoudre officiellement l’organisme est attendu pour la fin du mois.
L’amendement cible également les fondations d’intérêt public dites « Kekva », constituées sous le gouvernement précédent par le transfert d’actifs publics (entreprises, établissements d’enseignement). Le gouvernement prévoit de restituer ces actifs à l’État ou de couper les financements, notamment pour le collège professionnel Mathias Corvinus Collegium (MCC), proche de Fidesz et dont le conseil d’administration est présidé par Balázs Orbán.
Un signal fort pour l’Union européenne
Cette réforme s’inscrit dans la volonté de Péter Magyar de rapprocher Budapest des standards de l’Union européenne. Viktor Orbán, à la tête d’un régime qualifié d’illibéral et proche de Moscou, avait suscité de nombreuses tensions avec Bruxelles, notamment sur le soutien à l’Ukraine. Le nouveau Premier ministre s’est engagé à adopter l’euro et a levé le veto hongrois à l’ouverture des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, qui ont officiellement débuté lundi.
La Commission européenne avait débloqué le mois dernier 16,4 milliards d’euros de fonds gelés, sous réserve d’une série de réformes anticorruption devant être adoptées par le Parlement. Mardi, les députés hongrois doivent se pencher sur d’autres modifications législatives nécessaires au déblocage de ces fonds, notamment le renforcement du rôle de l’Autorité d’intégrité, l’organe de lutte contre la corruption.
Un Parlement qui tourne la page
Lors de la même session, le Parlement a rendu hommage aux six dirigeants de la révolution hongroise de 1956 exécutés après l’écrasement du soulèvement par les troupes soviétiques, dont l’ancien Premier ministre Imre Nagy. Péter Magyar a déclaré que les Hongrois célébreraient en octobre le 70e anniversaire de cette révolution en ayant « tourné une nouvelle page de leur histoire » pour devenir une partie du « monde libre ».