L'interdiction soudaine, décidée par l'administration Trump, de tout accès étranger aux modèles d'intelligence artificielle les plus puissants d'Anthropic a été déclenchée par des échanges entre le directeur général d'Amazon, Andy Jassy, et des hauts responsables américains, dont le secrétaire au Trésor Scott Bessent, selon des personnes proches du dossier.
Au cours de ces discussions, Andy Jassy a indiqué que des chercheurs d'Amazon étaient parvenus, par une série d'instructions soigneusement conçues, à obtenir du modèle Claude Fable 5 d'Anthropic des informations qui pourraient servir à mener des cyberattaques et qui étaient censées être inaccessibles. Les équipes de sécurité d'Amazon ont ainsi mis en évidence une vulnérabilité grave, selon des sources informées.
Réunion d'urgence à la Maison-Blanche
Peu après ces révélations, des responsables de la Maison-Blanche se sont réunis pour examiner la réponse à apporter. Des experts en sécurité ont été chargés de vérifier les affirmations d'Amazon. Le groupe a estimé que le moyen le plus efficace de neutraliser le risque était de bloquer l'accès à cet outil pour les gouvernements, entreprises et particuliers étrangers. Le président Donald Trump a ensuite donné son feu vert à cette mesure, a indiqué un haut responsable de l'exécutif.
L'administration estimait depuis un certain temps qu'Anthropic, pourtant considérée comme l'un des leaders de la course américaine à l'intelligence artificielle, ne pouvait être jugée fiable pour gérer elle-même les risques de sécurité posés par ses nouveaux modèles. Un entretien téléphonique, vendredi 12 juin, entre des responsables gouvernementaux et le directeur général d'Anthropic, Dario Amodei, a renforcé cette conviction, selon des sources proches.
Anthropic contraint de couper l'accès mondial
Pour se conformer à la décision de l'exécutif, Anthropic a annoncé couper l'accès à ses modèles Mythos et Fable pour tous les utilisateurs, y compris aux États-Unis, ce qui pourrait entraver les efforts d'entreprises du monde entier qui utilisaient ces outils pour détecter des vulnérabilités logicielles. L'entreprise a souligné que nombre de ses chercheurs sont nés à l'étranger, ce qui signifie que la règle gouvernementale les empêche effectivement de travailler sur les modèles les plus récents.
Le rôle ambigu d'Amazon, investisseur et concurrent
Ces échanges entre Amazon et les autorités illustrent les relations complexes entre les géants technologiques et le gouvernement face aux capacités inédites de l'IA. Amazon est un investisseur majeur d'Anthropic, lui fournit des puces pour ses centres de données et déploie ses meilleurs modèles pour identifier des failles de sécurité. Un porte-parole d'Amazon a déclaré qu'il n'était « pas rare que des gouvernements sollicitent notre avis sur des risques potentiels pour la sécurité », sans confirmer les détails des discussions.
Version de David Sacks
David Sacks, ancien responsable de l'intelligence artificielle sous Donald Trump et désormais coprésident du Conseil présidentiel des conseillers en science et technologie, a livré sa propre version des faits. Il a affirmé qu'« un partenaire de confiance hautement crédible, à la fois d'Anthropic et du gouvernement américain, s'est manifesté avec des informations concernant un contournement des sécurités ». Selon lui, l'administration a demandé à Dario Amodei de corriger cette faille ou de retirer le modèle, ce que le dirigeant d'Anthropic aurait refusé.
Cette affaire montre comment des découvertes et expérimentations rapides peuvent influencer les restrictions gouvernementales et, potentiellement, les fortunes des entreprises du secteur de l'intelligence artificielle.