Un accès bloqué pour le dirigeant palestinien
Jibril Rajoub, figure politique de longue date et président de la Fédération palestinienne de football, a indiqué ne pas être en mesure de se rendre aux États-Unis pour participer à la Coupe du monde 2026, faute d'avoir obtenu un visa américain. Il a assisté, jeudi 12 juin, au match d'ouverture entre le Mexique et l'Afrique du Sud à Mexico, mais attend désormais une autorisation pour franchir la frontière américaine.
« Je ne crois pas qu'il soit juste d'utiliser ou d'abuser de ce pouvoir pour refuser à tous les footballeurs du monde le droit de venir », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l'Associated Press. Il rejoint ainsi plusieurs personnes accréditées pour le tournoi qui se heurtent à des refus ou à des retards de délivrance de visas de la part des autorités américaines.
Des précédents inquiétants
Le cas de Rajoub n'est pas isolé. Selon des informations recueillies, les États-Unis ont déjà bloqué l'entrée de plusieurs délégués, parmi lesquels un arbitre somalien et un photographe voyageant avec l'équipe irakienne. Ces blocages interviennent alors que la Fédération internationale de football (FIFA) organise le Mondial comme « une célébration de l'unité mondiale », ainsi que s'exprimait son président Gianni Infantino l'année dernière : « Tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis pour la Coupe du monde de la FIFA l'année prochaine. Nous travaillons exactement pour cela. »
Gianni Infantino a lui-même reconnu cette semaine les difficultés, expliquant que la FIFA tentait de résoudre les problèmes de visas mais ne pouvait pas passer outre les décisions du gouvernement américain. « Nous devons respecter que nous ne sommes pas les rois du monde qui peuvent dicter leur loi aux gouvernements et aux forces de police », a-t-il confié aux journalistes mercredi.
Un nouveau resserrement des restrictions américaines
Le département d’État américain n’a pas commenté le cas de Rajoub. Cependant, l’administration a mis en place l’année dernière de nouvelles restrictions visant les détenteurs de passeports palestiniens, notamment toute personne ayant été employée par l’Autorité palestinienne. Par ailleurs, un visa avait été révoqué pour permettre au président Mahmoud Abbas de se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier.
Rajoub et d’autres responsables palestiniens du football estiment par ailleurs qu’Israël viole les statuts de la FIFA en autorisant des équipes de colonies en Cisjordanie occupée à participer à la ligue nationale israélienne. Ils réclament des sanctions contre la fédération israélienne, en soulignant les restrictions à la liberté de mouvement des joueurs palestiniens et les destructions causées par la guerre israélienne contre Gaza, qui aurait endommagé ou détruit 80 % des infrastructures sportives et tué au moins 565 joueurs, selon les chiffres de la Fédération palestinienne.
Le mois dernier, Rajoub avait refusé de serrer la main du chef de la fédération israélienne, à la demande d’Infantino, considérant qu’un tel geste ne guérirait pas les blessures mais blanchirait les actions d’Israël.
Un précédent russe contrasté
Rajoub a souligné la différence de traitement avec la Russie, qui avait accueilli la Coupe du monde 2018 sans imposer de restrictions de visas comparables aux personnes invitées au tournoi.