Le dirigeant de la première banque américaine, Jamie Dimon, a lancé une attaque virulente contre le chef de la plateforme d'échange de cryptomonnaies Coinbase, Brian Armstrong, lors du Reagan National Economic Forum. Dimon a déclaré que le secteur bancaire dans son ensemble refusait d'accepter le texte législatif actuellement examiné par le Sénat, qu'il a qualifié de dangereux pour la stabilité financière.
« Ce ne sera pas accepté. Personne ne va s'incliner devant ce type, ni devant cette société... Il est le seul à dépenser des centaines de millions de dollars à Washington pour pousser ce projet. Il est plein de merde », a lancé Dimon, faisant référence aux efforts de lobbying massifs de l'industrie crypto.
Le projet de loi, qui a franchi l'étape de la commission bancaire du Sénat en mai, vise à instaurer un cadre réglementaire fédéral pour les cryptomonnaies. L'un des points les plus contestés par les banques est la possibilité offerte aux sociétés crypto de proposer des programmes de rémunération avec un rendement annuel en pourcentage (APY), imitant les comptes d'épargne bancaires sans être soumises aux mêmes obligations réglementaires.
Dimon a souligné que le texte n'intègre pas les exigences de lutte contre le blanchiment d'argent et de respect de la loi sur le secret bancaire (Bank Secrecy Act). « Cela leur permet effectivement de payer des intérêts sur les dépôts, les stablecoins ou autre, sans les protections nécessaires », a-t-il ajouté.
Un front bancaire uni malgré des divergences internes
Bien que des informations aient fait état de divisions entre les grandes banques – certaines, plus exposées au trading, se montrant moins hostiles – Dimon a assuré que toutes les institutions financières étaient soudées. « Les banques ne l'accepteront pas comme ça. L'American Bankers Association, les petites banques, les caisses populaires. Ce ne sont pas seulement les grands établissements », a-t-il insisté.
Le secteur bancaire traditionnel craint que ce texte ne légalise des pratiques qui échappent à la supervision des autorités, tout en offrant aux entreprises crypto un avantage concurrentiel prohibitif. En parallèle, les entreprises de cryptomonnaies ont intensifié leurs dépenses de lobbying et de financement de campagnes pour peser sur les décideurs.
Un bras de fer politique
Le projet de loi bénéficie d'un soutien de la Maison-Blanche et a déjà provoqué des tensions au sein du Congrès. Plusieurs sénateurs, autrefois perçus comme proches des intérêts bancaires, ont écarté les plaintes des établissements traditionnels, ce qui a alimenté l'inquiétude d'une perte d'influence de Wall Street à Washington.
De son côté, Brian Armstrong avait annoncé sur le réseau social X que Coinbase lancerait un produit offrant un rendement sur les dépôts, illustrant l'ambition du secteur de concurrencer directement les banques de détail. La sortie de Dimon marque une escalade verbale et stratégique dans ce conflit qui pourrait aboutir à un vote au Sénat dans les semaines à venir.
Si le texte était adopté, il représenterait la première refonte majeure de la régulation financière américaine appliquée aux actifs numériques, avec des répercussions potentielles sur l'ensemble du système bancaire.