L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a dévoilé, vendredi 29 mai, ses résultats détaillés pour le premier trimestre 2026, faisant état d'un recul du produit intérieur brut (PIB) français de 0,1 % par rapport aux trois derniers mois de l'année 2025. Cette liquidation contredit les premières estimations de l'institut, qui tablaient sur une croissance nulle pour la période de janvier à mars, marquée par le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février.

Selon des responsables de l'Insee, ce chiffre décevant ne semble toutefois pas imputable au conflit armé. Marie Leclair, cheffe du département des Comptes nationaux, a précisé que « la révision à la baisse n'était pas liée à un mois de mars plus pénalisé par la guerre que ce qu'on avait imaginé ». Pour illustrer son propos, elle a souligné que les services de transport, initialement pressentis comme vulnérables, n'ont pas subi les dommages escomptés.

Des facteurs internes pointés du doigt

L'analyse détaillée de l'Insee révèle que la contraction de l'activité trouve ses racines dans des fragilités domestiques. La demande intérieure, hors variations de stocks, a pesé à hauteur de 0,2 point de pourcentage sur la croissance. La consommation des ménages a cédé 0,2 %, principalement en raison d'une baisse des dépenses énergétiques. L'investissement a également fléchi de manière notable (-0,6 %), le secteur de la construction accusant un repli particulièrement marqué (-1,7 %).

Le commerce extérieur a lui aussi contribué négativement à l'évolution du PIB, avec une contribution de -0,9 point. Les exportations ont chuté de 3,5 %, sous l'effet, notamment, d'une diminution des livraisons d'avions. Les importations ont reculé de 0,9 %. Seules les variations de stocks ont permis d'atténuer partiellement la baisse du PIB.

Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l'Insee, a qualifié ce recul de « mauvaise surprise ». Il a néanmoins nuancé ce constat en évoquant des « surprises sectorielles, dont on peut penser qu'elles sont ponctuelles », citant en exemple « les très mauvais chiffres sur la rénovation des logements », un secteur dont la contraction est qualifiée de rare.

Incertitudes sur le deuxième trimestre

Interrogé sur le risque d'une récession technique – définie par deux trimestres consécutifs de baisse du PIB – au deuxième trimestre, Dorian Roucher a estimé qu'au vu des dernières enquêtes auprès des chefs d'entreprise, « le plus probable à ce stade n'est quand même pas un nouveau repli du PIB ». Il a toutefois averti qu'il « peut s'attendre à ce que le choc se diffuse » dans l'économie.

L'Insee avait jusqu'ici tablé sur une croissance de 0,2 % pour les premier et deuxième trimestres 2026. Une nouvelle note de conjoncture, prenant en compte la révision à la baisse, sera publiée à la mi-juin. Parallèlement, le taux d'épargne des ménages continue d'augmenter, tandis que le taux de marge des entreprises enregistre une baisse nette.