Le Portugal ambitionne de se hisser au rang de nation spatiale. Un port spatial est en cours de construction sur l’île de Santa Maria, dans l’archipel des Açores, au milieu de l’Atlantique. Ce projet pourrait permettre au pays d’accueillir des atterrissages de capsules réutilisables et, à terme, des lancements de fusées transportant de petits satellites.

Le secteur spatial portugais a connu une modernisation rapide. Selon Ricardo Conde, président de l’Agence spatiale portugaise créée en 2019, une quatre-vingtaine d’entreprises emploient environ 2 000 travailleurs hautement qualifiés. L’an dernier, l’industrie a généré un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros (environ 232,5 millions de dollars américains). Conde souligne que les universités du pays forment d’excellents ingénieurs, constituant un capital humain précieux.

Un port spatial complémentaire et accessible

L’infrastructure de Santa Maria ne vise pas à concurrencer les immenses bases de lancement américaines, comme Cap Canaveral. Bruno Carvalho, responsable de l’exploitant du port spatial, l'Atlantic Spaceport Consortium (ASC), explique qu’il s’agit d’un site plus modeste, conçu comme un complément au port spatial européen de Kourou, en Guyane française. « Nous serons un site de lancement économique pour les petites fusées transportant de petits satellites, au sein de l’Union européenne, ce qui est stratégiquement important », a-t-il précisé. L’éloignement dans l’Atlantique permet aussi des amerrissages sans danger pour les populations. Trente-cinq personnes travailleront sur place une fois l’installation achevée.

Le site devrait également dynamiser l’économie locale. Carvalho espère que le projet pourra attirer de nouveau les jeunes ayant quitté l’île.

Premier amerrissage attendu cette année

Le premier atterrissage d’un engin spatial dans les eaux açoriennes pourrait intervenir dans les mois à venir. Les autorités portugaises ont donné leur accord pour l’amerrissage de la capsule de transport Phoenix 2.1, développée par la société allemande ATMOS Space Cargo. La cofondatrice de l’entreprise, Marta Oliveira, décrit son activité comme « le FedEx de l’espace ». Actuellement, les transporteurs sont lancés à l’aide de fusées SpaceX, mais des discussions sont en cours avec des entreprises européennes. Le port spatial d’ASC assurera la logistique et la coordination avec les autorités locales.

Plusieurs antennes de communication par satellite sont déjà opérationnelles sur l’île de Santa Maria, selon Ivo Vieira, du groupe industriel AED Cluster Portugal. Ce dernier a également annoncé que le planeur spatial européen Space Rider doit atterrir sur l’île en 2028, descendant sous d’immenses parachutes à côté de l’ancienne piste construite par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui peu utilisée. Un lancement de fusée est programmé pour 2030, qui mettra en orbite « un satellite sud-coréen ».

Des satellites portugais en développement

Parallèlement, la filière satellitaire se structure. Trois centres portugais travaillent actuellement à la conception de satellites, comblant ainsi le chaînon manquant de cette ambition spatiale. Le pays mise sur une industrie compacte mais compétitive, capable de s’insérer dans le marché européen des petits lanceurs et des missions à bas coût.