À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, un cri d’alarme retentit du côté du social et du médico-social à but non lucratif. L’Union des employeurs de l’économie solidaire (Udes), la CFDT et l’Uniopss, fédération qui regroupe de nombreuses associations du secteur, ont rendu public ce vendredi 5 juin une étude chiffrant à 7 milliards d’euros le besoin de financement public supplémentaire nécessaire pour assurer la pérennité des structures. Ce montant, calculé par le cabinet Syndex, vise à rétablir l’équilibre financier des établissements et à revaloriser les rémunérations d’un million deux cent soixante mille salariés, parmi les moins bien payés du secteur privé.
Le secteur concerné englobe les services d’aide à domicile, les Ehpad, les établissements accueillant des personnes handicapées ainsi que les foyers de réinsertion. Les signataires de l’appel estiment que sans une injection massive de fonds publics, nombre de structures pourraient fermer ou réduire leurs activités. « Nous ne savons pas combien de temps nous allons pouvoir tenir avec les niveaux de financement actuels », a déclaré Hugues Pollastro, directeur général de l’Udes. Il a également relevé un signal inquiétant : « Pour la première fois, on commence à voir des signes de recul de l’emploi dans l’aide à domicile. »
Deux urgences chiffrées par Syndex
L’étude commandée par les trois organisations distingue deux besoins principaux. D’une part, 13 milliards d’euros bruts par an seraient nécessaires pour « combler le décrochage de pouvoir d’achat » des salariés, ce qui, une fois déduits les cotisations et impôts patronaux, se ramènerait à 3 milliards d’euros nets. D’autre part, 7 milliards d’euros bruts supplémentaires par an sont requis pour restaurer l’excédent brut d’exploitation (EBE) des établissements, condition indispensable au remboursement des emprunts et au renouvellement des équipements. En net, ce second besoin s’élèverait à 4 milliards d’euros.
Les écarts de rémunération sont criants. Selon les calculs de Syndex, les salariés de l’aide à domicile perçoivent en moyenne 1 840 euros nets par mois en équivalent temps plein, contre 2 780 euros pour l’ensemble du secteur privé, soit un écart de 33 %. Dans le médico-social, où des revalorisations issues du Ségur de la santé ont eu lieu, la moyenne atteint 2 284 euros, soit 18 % de moins que la moyenne nationale.
Des témoignages poignants
Daniel Goldberg, président de l’Uniopss, a illustré la détresse du secteur par des situations concrètes : « Dans nos associations, nous avons des salariés qui n’arrivent plus à vivre de leur travail, des professionnels de l’accompagnement qui dorment dans leur voiture pour éviter des déplacements qui coûtent trop cher… »
L’appel est lancé alors que les perspectives budgétaires pour 2027 se précisent. Les organisations espèrent que l’État et les collectivités territoriales prendront la mesure de l’urgence, faute de quoi, préviennent-elles, le secteur non lucratif, qui assure des missions essentielles de solidarité, pourrait entrer dans une spirale de fermetures et de départs de personnels.