David Hockney, décédé le 11 juin 2026 à l'âge de 88 ans, ne laisse pas seulement une œuvre artistique majeure : il laisse aussi le souvenir d'un homme dont le style vestimentaire, à la fois extravagant et cohérent, a marqué plusieurs décennies. De ses débuts de jeune étudiant à Londres jusqu'aux dernières années de sa vie, l'artiste a construit une silhouette immédiatement reconnaissable, faite de pièces classiques détournées avec une audace assumée.

Une signature vestimentaire précoce

Dès l'adolescence, le goût de Hockney pour les vêtements affirmés se manifeste. Un autoportrait réalisé à l'âge de 16 ans le montre vêtu d'un manteau bleu, d'une écharpe rouge et d'une cravate jaune, déjà affublé de ses lunettes à monture épaisse qui deviendront l'un de ses attributs les plus célèbres. Sa coupe de cheveux peroxydée, adoptée au début des années 1960 après avoir vu une publicité pour une teinture capillaire promettant que « les blondes s'amusent plus », complète ce look iconoclaste.

Un maximalisme délibéré

Contrairement à beaucoup de ses contemporains, David Hockney n'a jamais cherché la discrétion. Ses vêtements, comme ses toiles, célèbrent la couleur et l'excès. Les costumes en tweed côtoient les cardigans rayés aux tons primaires, les chemises vert lime et les casquettes à carreaux. Même ses accessoires — nœuds papillons extravagants, pochette débordant de la poche — participent à cette esthétique où rien ne semble choisi au hasard, mais où tout paraît pourtant naturel.

L'écrivain Simon Chilvers, qui a régulièrement commenté les tenues de l'artiste, souligne qu'il ne se souvient pas d'une seule image de Hockney où son allure serait décevante. « Il y a toujours cette impression, avec Hockney, qu'il ne s'est jamais senti piégé, qu'il a simplement pris du plaisir », ajoute Michael Hill, propriétaire de la marque de vêtements masculins Drake's.

Des rencontres qui font sensation

L'épisode le plus emblématique de ce sens du style décalé reste sans doute sa rencontre avec le roi Charles III en 2022. Alors que le protocole voudrait une tenue sobre, Hockney se présente avec des Crocs jaune vif aux pieds. Le souverain, loin de s'en offusquer, s'exclame : « Vos galoches jaunes ! Parfaitement choisies ! » L'anecdote illustre la manière dont l'artiste parvenait à imposer sa fantaisie jusque dans les cadres les plus formels.

De l'influence sur la mode masculine

Si Hockney n'a jamais cherché à dicter les tendances, son look a longtemps servi de référence aux créateurs souhaitant introduire davantage de couleur dans la mode masculine. « Chaque fois qu'une saison voit arriver de la couleur dans le vestiaire masculin, on se tourne vers Hockney pour tenter de convaincre les hommes de porter deux teintes dans une même tenue », explique Charlie Porter, auteur de l'ouvrage « What Artists Wear » (Ce que portent les artistes).

Charlie Porter précise que l'artiste n'était pas engagé dans la mode en termes de changement de silhouettes. Sa force résidait dans sa capacité à rendre l'absurde naturel sur lui. Des accessoires qui auraient paru clownesques sur d'autres — le nœud papillon maniéré, la pochette semblant vomir de sa poche — ne faisaient que renforcer son allure singulière.

Une évolution constante

Le style de Hockney n'a cessé d'évoluer au fil des âges. Dans la vingtaine, il opte pour des cravates en tricot et des cols roulés, héritage probable des uniformes scolaires. À Los Angeles, sa palette s'élargit : cardigans bariolés, chemises acidulées, casquettes gingham. Même ses lunettes deviennent un terrain de jeu chromatique, avec des montures oversize et des verres teintés.

En 2023, l'artiste confiait détester ce que les hommes portaient à son époque, regrettant un manque de style. Cette année-là, il déclarait avoir acheté neuf nouveaux costumes. Une constance dans l'affirmation de soi qui, selon Charlie Porter, trouve peut-être sa source dans sa sexualité. Ayant fait son coming-out très tôt, conseillé par son père de « ne jamais se soucier de ce que pensent les voisins », Hockney n'a jamais ressenti le besoin de dissimuler qui il était. « C'est tout exposé, il n'y a pas de cachette, et je pense que cela a permis à sa garde-robe d'être ce qu'il voulait qu'elle soit », analyse Simon Chilvers.

Un héritage qui dépasse l'art

Avec la disparition de David Hockney, le monde de l'art perd un créateur génial, mais la mode perd aussi une de ses sources d'inspiration les plus inattendues et les plus durables. Son sens du vêtement, mêlant classicisme britannique et exubérance pop, restera comme un chapitre à part entière de l'histoire du costume masculin du XXe et du début du XXIe siècle.