Le nouveau film de Christopher Nolan, « L’Odyssée », adaptation de l’épopée homérique, se trouve au cœur d’une controverse internationale après la révélation que plusieurs séquences ont été tournées à Dakhla, ville située au Sahara occidental, un territoire disputé entre le Maroc et le Front Polisario. La sortie du long-métrage, attendue cet été, a ranimé un vieux conflit vieux de cinquante ans, alors que les indépendantistes sahrawis dénoncent ce qu’ils considèrent comme une légitimation de l’occupation marocaine.

Les autorités locales ont accordé aux équipes de production un accès privilégié à la région, escorté par les forces de sécurité, selon des témoignages concordants. En revanche, les cinéastes et journalistes sahrawis se heurtent régulièrement à des restrictions sévères : filmer dans ce territoire sans autorisation officielle peut entraîner une arrestation. « Le simple fait de tenir une caméra dans ma patrie, le Sahara occidental, peut être un crime », écrit Mohamed Sleiman Labat, un cinéaste sahrawi, dans une tribune virulente. Il ajoute que, pour le régime marocain, une caméra entre les mains d’un Sahrawi menace « le récit officiel selon lequel le Sahara occidental fait partie du Maroc ».

Un silence contesté

La principale critique adressée à la production est l’absence totale de mention du Sahara occidental dans le film. Aucune carte, aucun dialogue, aucun sous-titre ne rappelle que le décor naturel où se déroule l’épopée est un territoire non autonome selon l’ONU, dont le statut définitif n’a pas été tranché depuis le retrait de l’Espagne en 1975. Les indépendantistes estiment que ce silence participe à l’effacement de leur histoire et de leur lutte. Les appels au boycott se multiplient sur les réseaux sociaux, visant aussi bien le film que les marques partenaires.

De son côté, le royaume du Maroc considère le Sahara occidental comme ses « provinces du Sud ». Rabat a toujours encouragé les investissements étrangers et les tournages dans la région, notamment à Dakhla, pour affirmer sa souveraineté. Aucun responsable marocain n’a officiellement commenté la polémique, mais des sources proches du ministère de la Culture soulignent que le pays accueille régulièrement des productions internationales sans que cela ne prête à controverse.

Un précédent dans le cinéma

Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres cas où le choix d’un lieu de tournage a suscité des débats politiques. En 2023, une série britannique avait été critiquée pour avoir filmé dans le nord de Chypre, territoire également contesté. Les producteurs de « L’Odyssée », contactés par plusieurs médias internationaux, n’ont pas répondu aux sollicitations. Le réalisateur Christopher Nolan ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet.

Réactions mitigées dans le monde culturel

Le critique de cinéma Peter Bradshaw, dans une critique cinq étoiles du film, n’évoque pas la polémique, tandis que des chroniqueurs spécialisés dans les droits humains déplorent que l’industrie du divertissement continue de fermer les yeux sur les violations des droits des peuples autochtones. Un collectif de cinéastes internationaux a adressé une lettre ouverte à Nolan, lui demandant de reconnaître le contexte politique de son lieu de tournage.

Quel avenir pour le film ?

Pour l’instant, aucun distributeur n’a annulé de projection, mais le débat s’invite dans les festivals où le film est présenté. La question du boycott pourrait peser sur son exploitation dans certains pays, notamment en Afrique du Sud ou dans les États d’Amérique latine solidaires de la cause sahraouie. Le différend sur le Sahara occidental, qui oppose le Maroc au Front Polisario soutenu par l’Algérie, reste l’un des plus anciens litiges territoriaux au monde, et le cinéma, une fois de plus, devient le théâtre de son expression.