L'onde de choc du conflit en Iran continue de se propager sur l'économie mondiale, frappant durement un secteur jusqu'alors en pleine expansion. Selon les projections actualisées présentées lors de l'assemblée générale annuelle de l'Association internationale du transport aérien (IATA), qui se tient à Rio de Janeiro, le bénéfice net cumulé des compagnies aériennes devrait être presque divisé par deux en 2026, passant de 41 milliards de dollars initialement anticipés à 23 milliards de dollars. Ce chiffre est également inférieur aux 45 milliards de dollars enregistrés en 2025.

Cette dégradation des comptes se traduit par une marge nette qui fond à 2 %, contre une prévision initiale de 3,9 %. Le bénéfice par passager, indicateur clef de la rentabilité à l'unité, chute à 4,50 dollars, contre 9,10 dollars l'année précédente. Le directeur général de l'IATA, Willie Walsh, a ironisé sur ce niveau, le jugeant à peine suffisant pour « s'acheter un hot-dog dans la plupart des stades de la Coupe du monde de la FIFA », et soulignant la fragilité des marges face à d'éventuelles hausses de coûts ou de taxes.

Une facture énergétique qui flambe

L'élément le plus lourd dans la balance est sans conteste la flambée du prix du carburant. L'IATA estime que la facture énergétique totale du secteur devrait augmenter de près de 40 % en 2026, pour atteindre 350 milliards de dollars. Cette envolée s'explique par la hausse du prix du pétrole brut, pour lequel l'association table sur un baril de Brent à 95 dollars en moyenne sur l'année, soit une progression de 37 % par rapport à 2025. Le prix du kérosène devrait encore davantage s'emballer, dans une fourchette de 152 dollars le baril, marquant une augmentation d'environ 70 %. La prime du kérosène par rapport au brut (crack spread) est attendue à un niveau « historiquement élevé » de 57 dollars le baril.

À cette contrainte s'ajoute le rallongement des routes aériennes. Pour contourner les espaces aériens des zones de conflit, les compagnies sont contraintes d'emprunter des itinéraires plus longs, ce qui accroît la consommation de carburant, les temps de vol et donc les coûts opérationnels.

Les compagnies du Golfe dans le rouge

Les conséquences sont particulièrement sévères pour les transporteurs du Moyen-Orient. Alors que la région était la plus rentable du monde en 2025, avec un bénéfice net de 7,2 milliards de dollars, l'IATA prévoit désormais une perte cumulée de plus de 4 milliards de dollars pour ses compagnies en 2026. C'est un retournement inédit pour les puissants opérateurs du Golfe, dont les appareils desservent des hubs majeurs.

Malgré ces chiffres, le directeur général de l'IATA se montre confiant sur la capacité de ces acteurs à rebondir. Willie Walsh estime que leur capacité ne sera pas remplacée par des concurrents et qu'elles « retrouveront leur place dès que la situation se sera stabilisée », excluant tout « changement structurel » durable. Kamil Al-Awhadi, vice-président régional pour l'Afrique et le Moyen-Orient à l'IATA, partage cet optimisme tout en reconnaissant que la compagnie la plus touchée est Kuwait Airways, en raison des dommages subis par son aéroport.

Un secteur toujours en croissance

Malgré la chute des profits, le secteur continue de voler et de croître, ce qui distingue cette crise de celle provoquée par la pandémie. Les recettes totales du transport aérien devraient atteindre 1 165 milliards de dollars en 2026, en hausse de 9,4 % par rapport à l'année précédente. La demande reste soutenue : les appareils devraient afficher un taux de remplissage record de 84 %, contre 83,5 % en 2025.

Les dirigeants du secteur, réunis à Rio, constatent un certain attentisme dans les réservations, mais les volumes de passagers continuent de progresser. Ce paradoxe apparent — vols plus remplis mais profits réduits — s'explique par l'écrasement des marges dû à la flambée des coûts, notamment du kérosène, et à la difficulté de répercuter intégralement ces hausses sur les prix des billets.