À un peu plus d’une semaine du scrutin provincial prévu le 28 juin, le paysage politique de la Nouvelle-Calédonie se polarise. Si les formations loyalistes entendent conforter leur emprise institutionnelle, le camp indépendantiste s’organise pour ne pas se laisser marginaliser. Porte-parole de cette stratégie, Johanito Wamytan, membre de l’Union calédonienne et chef de file de la liste du Front de libération kanak et socialiste (FLNKS) dans la province Sud, a exposé les grandes lignes de son projet dans un entretien récent.

L’enjeu des provinciales et la stratégie du FLNKS

Pour le dirigeant indépendantiste, ces élections revêtent un caractère décisif. Il ne s’agit pas seulement de renouveler les assemblées de province et le Congrès, mais aussi de redessiner les équilibres politiques en vue des futures discussions sur l’avenir institutionnel de l’archipel. « Il faut créer les conditions d’un rapport de force face à l’État », a-t-il déclaré, soulignant que la participation électorale et l’obtention de sièges sont des outils pour peser dans les négociations à venir.

Wamytan insiste sur un double impératif : répondre aux urgences sociales et économiques des populations kanak et non-kanak, tout en posant les jalons d’un processus menant à la pleine souveraineté. Le FLNKS se présente ainsi comme une force de proposition concrète, notamment sur les questions de reconstruction après les violences de 2024, de logement, de santé et d’emploi. « Nous ne nous contentons pas de revendiquer, nous apportons des solutions », a-t-il ajouté.

Un rapport de force institutionnel jugé défavorable

Les loyalistes, de leur côté, espèrent capitaliser sur la crainte d’une instabilité pour renforcer leur majorité au Congrès. Les dernières élections avaient déjà vu un recul du camp indépendantiste, qui ne dispose plus de la majorité dans aucune province. Les scrutins à venir pourraient ainsi entériner une domination des non-indépendantistes, rendant plus difficile l’obtention d’un nouveau référendum d’autodétermination.

Le FLNKS dénonce par ailleurs les conditions du scrutin. La modification du corps électoral, introduite par la loi constitutionnelle adoptée en 2024, a élargi l’électorat aux résidents installés depuis dix ans, ce que les indépendantistes considèrent comme un frein à leur représentation. « On nous impose des règles qui ne sont pas neutres », a déploré Johanito Wamytan, estimant que le processus de décolonisation est entravé.

Les priorités pour la campagne

La liste FLNKS en province Sud met en avant un programme axé sur la justice sociale et la réconciliation. Parmi les mesures phares figurent la relance de l’économie locale, la défense du système de protection sociale et le soutien aux petites entreprises. Le mouvement entend aussi promouvoir un dialogue intercommunautaire apaisé, après les tensions de l’année précédente.

Wamytan appelle les électeurs à se mobiliser massivement pour faire entendre une voix alternative. « Notre objectif est de gagner des sièges pour être en mesure de peser sur les décisions qui concernent l’avenir de notre pays », a-t-il conclu, rappelant que le combat pour l’indépendance ne se joue pas seulement dans la rue, mais aussi dans les urnes.

Un contexte politique tendu

La campagne se déroule dans une atmosphère encore marquée par les émeutes et les affrontements de 2024. Les loyalistes accusent régulièrement les indépendantistes de ne pas avoir condamné assez fermement les violences, tandis que ces derniers dénoncent une répression disproportionnée de la part de l’État. Le 28 juin sera aussi un test pour mesurer la capacité de la société calédonienne à revenir à un climat de normalité politique.