Après avoir été dévoilé au Off d’Avignon, le ballet « Les Affamés » de Marion Motin s’installe au théâtre du Châtelet à Paris. La metteuse en scène, connue pour ses chorégraphies électriques et sa collaboration avec Christine and the Queens ou Madonna, signe ici une œuvre qui mêle danse, théâtre et chant, sur le thème de la violence contemporaine et des marges festives. Pourtant, le résultat laisse un goût amer et peine à convaincre.
Un casting pléthorique pour un propos convenu
Marion Motin a réuni une large troupe de danseurs et comédiens pour incarner une communauté en marge, en quête de liberté dans un monde qui broie les individus. Le plateau du Châtelet s’anime d’une foulées de corps en mouvement, mais cette profusion ne suffit pas à masquer la faiblesse du propos. La critique pointe un « amoncellement de poncifs autour de l’univers de la fête alternative », où les motifs de la rave clandestine, de la contestation adolescente et de l’effondrement social sont répétés sans véritable renouvellement.
Une esthétique qui manque d’audace
Sur le plan visuel et chorégraphique, « Les Affamés » puise dans un répertoire largement exploré ces dernières années : corps entrelacés, lumières stroboscopiques, costumes déchirés, musique électronique lancinante. Rien de neuf sous les projecteurs, déplorent plusieurs observateurs, qui y voient une « danse-thérapie » trop appuyée, empreinte d’un sérieux qui dessert l’émotion. Les numéros de chant, censés apporter une respiration lyrique, apparaissent parfois déconnectés de l’ensemble.
Un pari risqué pour une chorégraphe reconnue
Marion Motin n’est pas à son premier essai : elle a déjà fait ses preuves avec « Gisele(s) » ou « Reggae dans les tuyaux ». Mais avec « Les Affamés », elle semble vouloir embrasser trop de codes à la fois, sans parvenir à les transcender. Le spectacle, pourtant porté par une énergie indéniable et une équipe de danseurs talentueux, reste en surface des thèmes qu’il aborde : la faim, la révolte, la solidarité. Les spectateurs en ressortent avec le sentiment d’avoir assisté à un produit soigné mais finalement prévisible.
De l’Avignon off au Châtelet : un parcours en demi-teinte
Présenté en juin 2025 au Off d’Avignon, où il avait déjà reçu un accueil mitigé, « Les Affamés » a été remanié pour son arrivée à Paris. Mais les retouches n’ont pas suffi à corriger ce qui est perçu comme un défaut de fond : un propos qui tourne en rond et aucune proposition scénique réellement marquante. Le théâtre du Châtelet, avec sa programmation exigeante, mise pourtant sur cette création pour attirer un public jeune et urbain. Reste à savoir si la réputation de la chorégraphe suffira à faire oublier les lacunes d’un spectacle trop sage pour être vraiment affamé.