Le nombre de conflits armés dans le monde a atteint un niveau sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, selon les travaux de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO). L’organisme norvégien a dénombré 65 guerres ou affrontements impliquant au moins un État au cours de l’année 2025, soit le plus haut chiffre enregistré depuis 1946, début de l’indicateur.

« Les chiffres sont choquants », a commenté un responsable de l’étude, jugeant que la planète s’installe dans « une nouvelle ère de violence élevée ». Cette tendance confirme une progression quasi continue du nombre de conflits depuis le début du XXIe siècle, avec des pics récents liés aux guerres en Ukraine, au Proche-Orient, au Soudan ou encore au Myanmar.

Un record absolu depuis la Seconde Guerre mondiale

Depuis 1946, le record précédent datait de 2020, avec 62 conflits actifs. Le seuil des 65 franchi en 2025 marque une escalade supplémentaire. « Nous assistons à une normalisation de la guerre comme instrument politique », soulignent les auteurs. L’étude note également une hausse du nombre de conflits impliquant directement plusieurs États, par opposition aux guerres civiles ou aux interventions internationales limitées.

L’étude du PRIO, qui fait référence dans le domaine de la recherche sur les conflits, repose sur une méthodologie stricte : ne sont comptabilisés que les affrontements ayant causé au moins 25 morts par an. Les conflits non étatiques (entre groupes armés, milices, cartels) ne sont pas inclus dans ce décompte, ce qui sous-estime très probablement la violence réelle subie par les populations civiles.

Des foyers multiples et une intensité croissante

Parmi les conflits recensés en 2025, plusieurs foyers se distinguent par leur intensité et leur durée. La guerre en Ukraine, déclenchée en février 2022, se poursuit sans perspective de cessez-le-feu durable. Au Proche-Orient, la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a été rejointe par une escalade entre l’État hébreu et l’Iran, avec des frappes directes entre les deux pays au printemps 2025.

En Afrique, le conflit au Soudan, qui oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), a fait des dizaines de milliers de morts depuis avril 2023. Le Sahel reste également touché par des violences djihadistes et des luttes de pouvoir. Au Myanmar, la guerre civile s’est intensifiée après le coup d’État militaire de 2021.

« Nous ne sommes pas simplement dans un cycle de violence temporaire », insistent les chercheurs. « Les facteurs structurels – compétition entre grandes puissances, fragmentation des États, prolifération des armes – suggèrent un ancrage durable de cette violence à un niveau élevé. »

Un basculement structurel selon les chercheurs

Les auteurs de l’étude identifient plusieurs causes profondes de cette envolée des conflits. L’affaiblissement du droit international et des mécanismes de résolution pacifique des différends est cité en premier lieu. Le Conseil de sécurité des Nations unies, paralysé par les vetos de ses membres permanents, est incapable de répondre efficacement aux crises.

À cela s’ajoute la multiplication des acteurs armés non étatiques, la disponibilité croissante d’armements sophistiqués (drones, missiles) et l’instrumentalisation des tensions ethniques, religieuses ou identitaires. Les changements climatiques, en aggravant les pénuries de ressources (eau, terres agricoles), constituent un facteur aggravant dans plusieurs régions.

Le constat est d’autant plus préoccupant que le nombre de conflits majeurs – ceux faisant plus de 1 000 morts par an – est également en hausse. En 2025, au moins 12 conflits ont dépassé ce seuil, contre 9 en 2020.

Des voix s’élèvent pour un sursaut

La publication de l’étude a suscité des réactions dans les milieux diplomatiques et humanitaires. Plusieurs organisations non gouvernementales appellent à un renforcement des mécanismes de prévention et de médiation. « Chaque conflit est un échec de la communauté internationale », a déclaré un porte-parole d’une ONG œuvrant dans les zones de guerre. « Nous devons investir massivement dans la diplomatie préventive et le désarmement. »

Les experts du PRIO estiment que sans un changement radical d’approche, le nombre de conflits pourrait encore augmenter dans les années à venir. « Les chiffres de 2025 ne sont pas une anomalie, mais le symptôme d’une tendance lourde », concluent-ils.

En attendant, des millions de civils continuent de payer le prix de cette violence généralisée, entre déplacements forcés, famine et traumatismes durables. L’étude pourrait servir d’alerte pour les gouvernements et les organisations internationales, alors que la planète semble entrée dans une nouvelle ère de conflictualité élevée.