L'Espagne a écrit une nouvelle page de son histoire footballistique en remportant la Coupe du monde 2026, quelques heures après une finale haletante remportée en prolongation. Sur la pelouse du stade, le capitaine Rodrigo Hernández a soulevé le trophée dans une allégresse collective, mais pour lui, ce moment avait un écho particulier, remontant à seize ans plus tôt.
En 2010, alors que la Roja décrochait son premier titre mondial, Rodrigo, âgé de 14 ans, se trouvait dans un camp de vacances aux États-Unis, perdu dans les bois du Connecticut. Il avait manqué la demi-finale contre l'Allemagne, absorbé par une sortie en canoë. Pour la finale, il avait convaincu un moniteur de le laisser regarder la rencontre seul, sur un mini-ordinateur portable, dans la cabane où dormait le personnel. Quand Andrés Iniesta a marqué le but victorieux à la 116e minute, il s'est mis à courir en hurlant autour du lac. Seize ans plus tard, c'est lui qui menait l'équipe en tant que capitaine, et quand Ferran Torres a inscrit le but décisif à la 106e minute, il a couru, cette fois en ligne droite, vers le coin du terrain où se trouvaient ses coéquipiers. « C'est un rêve devenu réalité », a-t-il confié après la rencontre, les yeux brillants.
Une célébration haute en couleur
À l'issue du match, la fête a pris une tournure spectaculaire. Un immense haut-parleur rouge a été installé au bord de la pelouse, diffusant à tue-tête les hymnes de la victoire. Les joueurs ont ensuite découvert les malles Louis Vuitton spécialement conçues pour le trophée, symboles du luxe et du prestige associés au sacre. Mais la tradition la plus personnelle restait sans doute un pari entre plusieurs membres de l'équipe : certains se sont promis de se faire tatouer le nom de leurs coéquipiers ou la date du triomphe, une coutume qui scelle les liens indéfectibles du groupe.
Un regard tourné vers l'avenir
Malgré l'ivresse du moment, le sélectionneur Luis de la Fuente a rapidement tempéré les ardeurs. « Cette équipe a été la meilleure du tournoi, sans contestation, mais nous ne sommes pas satisfaits », a-t-il déclaré. « Notre objectif est déjà le prochain match, en septembre. » Une déclaration qui illustre la mentalité de ce groupe, déjà concentré sur la suite, qu'il s'agisse des qualifications pour l'Euro ou des prochaines compétitions internationales.
Autre moment fort de la cérémonie : alors que Rodrigo s'apprêtait à soulever le trophée, l'ancien président américain Donald Trump, présent pour la remise des prix, a quitté la scène. Le joueur a attendu patiemment que l'estrade soit libérée avant d'élever le globe doré, son timing parfait même dans ce contexte politico-sportif.
Une ferveur qui dépasse les frontières
Si les scènes de liesse les plus spontanées ont eu lieu dans le vestiaire et sur le terrain, l'ensemble du pays a vibré. Des rassemblements spontanés ont éclaté dans les grandes villes, et particulièrement à Madrid, où des centaines de milliers de supporters ont envahi les artères principales, drapeaux rouges et jaunes au vent. Les réseaux sociaux se sont enflammés de vidéos montrant des familles, des enfants et des personnes âgées chantant et dansant jusqu'à l'aube. Ce deuxième titre mondial, ajouté à la victoire des femmes un an plus tôt, place l'Espagne au sommet du football planétaire, un exploit inédit dans l'histoire.
Pour Rodrigo Hernández, le voyage du lac du Connecticut au podium new-yorkais est désormais complet. « J'étais seul devant un écran il y a seize ans, ce soir j'étais avec toute une nation », a-t-il résumé, son sourire en disant long sur l'émotion contenue.