Les changements récents dans la politique d'aide étrangère des États-Unis ont des répercussions directes sur la lutte contre le sida en Afrique australe. Selon les professionnels de santé et militants interrogés, l'annulation ou la redirection des fonds du programme PEPFAR sous l'administration Trump a déjà mis en danger des patients et coûté des vies.

Un retour en arrière redouté

Des cliniques de Johannesburg et de Soweto, en Afrique du Sud, voient chaque jour des files de patients s'allonger, mais les ressources diminuent. Des structures comme l'Unjani Clinic dans le quartier de Braamfischerville continuent de fonctionner, mais avec des moyens réduits. Dans des centres similaires à Hillbrow, l'inquiétude grandit face à la précarité des approvisionnements en médicaments antirétroviraux.

Le souvenir de l'épidémie des années 1990 et 2000, qui a submergé les hôpitaux africains et causé des souffrances effroyables, hante encore les acteurs de terrain. Lucky Mazibuko, militant engagé dans la lutte contre le sida, se remémore avec émotion cette période où, selon ses mots, « le pays était imprégné de l'odeur de la mort ». Il ajoute : « Il n'y avait aucun espoir, aucune lumière. Et même s'il y avait une lumière au bout du tunnel, elle ressemblait à celle d'un train arrivant en sens inverse. »

Un équilibre rompu

Le programme PEPFAR, lancé en 2003, a été un pilier de la réponse mondiale au VIH, soutenant des millions de traitements et de services de prévention dans les pays les plus touchés. La recentralisation ou la suspension d'une partie de ces fonds a brisé la continuité des soins. En Afrique du Sud, pays au centre de l'épidémie, comme au Mozambique voisin, les travailleurs de la santé rapportent que les coupes touchent aussi les programmes de dépistage et de soutien aux orphelins.

Les conséquences ne se limitent pas à des retards dans l'accès aux soins : des interruptions de traitement exposent les patients à un risque accru de résistance virale et de transmission. Les soignants craignent une résurgence de la maladie, comparable à ce que le continent a connu avant l'arrivée massive des antirétroviraux.

Des voix s'élèvent

Les autorités sanitaires locales et les organisations non gouvernementales dénoncent une politique qui, selon eux, sacrifie les acquis de deux décennies de progrès. Si aucun chiffre officiel n'a encore été communiqué, les témoignages recueillis dans les cliniques de Soweto et de Hillbrow dressent un tableau alarmant : des patients renvoyés faute de médicaments, des équipes médicales réduites, des campagnes de prévention interrompues.

La situation illustre les dilemmes de l'aide internationale conditionnée aux priorités politiques des pays donateurs. Alors que la communauté scientifique et médicale plaide pour un maintien des financements, les décisions prises à Washington continuent de peser lourdement sur la vie de millions de personnes en Afrique.