À quelques mois de la sortie très attendue de Grand Theft Auto VI, les salariés de Rockstar Games intensifient leur mobilisation pour obtenir une reconnaissance syndicale officielle. L’Independent Workers of Great Britain (IWGB), qui regroupe des employés du studio, a saisi la direction pour ouvrir des négociations sur la transparence des rémunérations, les horaires flexibles et le recours aux heures supplémentaires.
Cette demande intervient dans un climat tendu, marqué par le licenciement de 31 salariés en octobre dernier. Ceux-ci, soutenus par l’IWGB, ont engagé une action en justice, affirmant avoir été évincés en raison de leur activité syndicale. Rockstar conteste fermement cette version et affirme que les intéressés ont été congédiés pour faute grave, pour avoir partagé des informations confidentielles dans un groupe public sur la plateforme Discord. L’affaire doit être examinée par un tribunal en septembre.
Une organisation amorcée depuis 2019
Le syndicat indique que des salariés des studios britanniques de Rockstar – basés à Édimbourg, Dundee, Lincoln, Leeds et Londres – ont commencé à se structurer dès 2019. Selon l’IWGB, cette mobilisation aurait déjà permis des avancées, notamment des augmentations de salaire « sans précédent » et des primes financières accordées pendant les périodes de « crunch », ces phases intensives d’heures supplémentaires qui précèdent la sortie d’un jeu.
La culture du crunch a longtemps été associée à Rockstar. Lors du développement de Red Dead Redemption 2, plusieurs témoignages avaient décrit des pratiques d’heures supplémentaires excessives, parfois non rémunérées. La direction avait alors rejeté les accusations de travail forcé. Pour Grand Theft Auto VI, des informations récentes, émanant d’un journaliste spécialisé, suggèrent que l’entreprise cherche à éviter de tels abus.
Les revendications actuelles
L’IWGB réclame une reconnaissance officielle qui permettrait d’établir des canaux de discussion formels avec la direction sur plusieurs points : la transparence des grilles salariales, la possibilité de télétravailler ou d’aménager son temps de travail, et l’encadrement des heures supplémentaires imposées. En l’absence de cette reconnaissance, le syndicat dispose de droits limités, même si les salariés britanniques peuvent adhérer à une organisation syndicale sans accord préalable de l’employeur.
À ce jour, un seul studio au Royaume-Uni bénéficie d’une reconnaissance syndicale : ZA/UM, le développeur du jeu Disco Elysium. La situation chez Rockstar illustre la difficulté du secteur vidéoludique à instaurer un dialogue social structuré, alors même que l’industrie génère des revenus colossaux.
Un contentieux examiné en septembre
L’affaire des 31 licenciés sera portée devant un tribunal des prud’hommes en septembre. Parmi les plaignants, l’ancien employé Jack Hoxby a fait part de son inquiétude quant aux conditions de travail et à la protection des salariés qui souhaitent se syndiquer. Rockstar continue de nier tout lien entre les licenciements et l’activité syndicale, et maintient sa position sur la faute grave.
En parallèle, l’IWGB a appelé la direction à répondre de manière constructive à ses demandes, afin d’éviter une escalade du conflit. La sortie de Grand Theft Auto VI, prévue pour novembre, est considérée comme l’un des lancements les plus lucratifs de l’histoire du jeu vidéo, ce qui donne une résonance particulière aux revendications sociales des employés.
Un précédent dans le secteur
Le cas de Rockstar s’inscrit dans un mouvement plus large de syndicalisation dans l’industrie du jeu vidéo, tant au Royaume-Uni qu’à l’international. La reconnaissance officielle accordée à ZA/UM a ouvert une brèche, mais les grands studios restent réticents à franchir le pas. Pour les salariés de Rockstar, l’issue du tribunal en septembre sera déterminante, non seulement pour les 31 plaignants, mais aussi pour l’avenir des relations sociales au sein du groupe.