Une nouvelle vague de perquisitions est en cours ce mardi 30 juin, dans l'enquête portant sur des détournements présumés de fonds du Parlement européen, qui cible notamment le Rassemblement national (RN) et plusieurs partis nationalistes européens qui lui sont proches. Les opérations, coordonnées au niveau européen, mobilisent les forces de l'ordre en France, en Belgique, en Italie et en Espagne, selon des informations concordantes.
L'affaire, instruite par le Parquet européen, porte sur l'utilisation suspecte d'enveloppes allouées aux assistants parlementaires. Les enquêteurs cherchent à déterminer si des fonds destinés à rémunérer des collaborateurs d'eurodéputés ont été détournés pour financer les activités politiques nationales des formations concernées. Le RN fait l'objet de cette procédure depuis plusieurs années, mais l'extension à ses alliés, qualifiés de "néofascistes" par plusieurs observateurs, constitue un élargissement notable du dossier.
Jean-Philippe Tanguy, député RN, a réagi vivement à cette nouvelle salve judiciaire. Dans une déclaration, il a estimé qu'« il est troublant qu'à une semaine du délibéré de Marine Le Pen, cette affaire ressurgisse ». Il fait référence à la décision de justice attendue le 7 juillet dans le cadre de la même enquête, où Marine Le Pen est personnellement mise en cause. Sans évoquer directement le fond de l'affaire, il a dénoncé un "acharnement" et un "coup bas" à quelques jours de l'échéance judiciaire qui pourrait avoir des conséquences politiques majeures pour la dirigeante d'extrême droite.
Un calendrier qui interroge
La simultanéité des perquisitions dans plusieurs capitales et leur proximité avec la date du rendu du jugement concernant Marine Le Pen alimentent les critiques du RN. Le parti, par la voix de ses cadres, dénonce une instrumentalisation de la justice. L'enquête, ouverte il y a plusieurs années, a déjà donné lieu à des perquisitions au siège du RN en 2022 et 2023. Cette nouvelle phase vise à recueillir des éléments auprès des partis alliés, notamment ceux qui ont siégé au sein du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen, dissous depuis.
Les magistrats européens cherchent à établir un schéma transnational de détournement. Plusieurs responsables politiques et assistants, français et étrangers, sont entendus ou placés sous le statut de témoin assisté. Les perquisitions en cours visent à obtenir des documents comptables et des échanges de courriels susceptibles de prouver que les salaires des assistants européens étaient en réalité utilisés pour des tâches partisanes.
L'ombre des législatives et de la présidentielle
Cette affaire judiciaire intervient dans un contexte politique tendu, à l'approche des échéances électorales majeures en France. Le RN, donné favori pour la prochaine présidentielle, voit ses cadres multipliés par les procédures. Marine Le Pen, déjà condamnée en première instance dans une autre affaire, pourrait voir sa peine aggravée ou sa candidature entravée par l'issue de ce dossier. Les juges doivent se prononcer le 7 juillet sur une éventuelle peine d'inéligibilité, ce qui pourrait rebattre les cartes de la course à l'Élysée.
L'enquête européenne, qui s'étend désormais à tout un réseau de partis d'extrême droite, pourrait dévoiler des mécanismes de financement illicite étendus. Les investigations sont toujours en cours et devraient se poursuivre dans les prochains jours.