Un oligopole familial au cœur de l'approvisionnement parisien
Depuis trente-cinq ans, la gestion des marchés alimentaires parisiens est largement aux mains de deux familles : les Dadoun et les Bensidoun. Ces clans, implantés de longue date dans le secteur, ont bâti un véritable empire sur les étals de la capitale, soulevant des questions sur les mécanismes de délégation de service public et la diversité des opérateurs.
Une mainmise progressive sur les concessions
L'histoire de cette emprise commence dans les années 1990, lorsque la Ville de Paris confie progressivement la gestion de ses marchés à des opérateurs privés. Les familles Dadoun et Bensidoun ont su saisir ces opportunités, obtenant des délégations pour des dizaines de marchés de plein air et couverts. Aujourd'hui, elles contrôleraient ensemble plus d'une centaine de sites, soit une part écrasante du réseau municipal.
Les deux groupes familiaux ont consolidé leur position en acquérant ou en prenant le contrôle de plusieurs sociétés concessionnaires. Leurs activités ne se limitent pas à la simple gestion des lieux : elles s'étendent à la location des emplacements, à la perception des droits de place et à l'entretien des installations. Ce modèle intégré leur confère une influence considérable sur les conditions d'exercice des commerçants.
Un système verrouillé et opaque ?
Des acteurs du secteur et des élus locaux pointent du doigt un système qui manquerait de transparence. Les appels d'offres pour le renouvellement des concessions seraient conçus de manière à favoriser les opérateurs en place, rendant difficile l'arrivée de nouveaux concurrents. Les liens familiaux étroits entre les dirigeants des différentes sociétés concessionnaires renforcent ce sentiment d'opacité.
Les conditions financières des délégations sont également critiquées. Les familles Dadoun et Bensidoun reverseraient à la ville une redevance jugée faible par certains, tandis que les commerçants supportent des loyers parfois élevés. Des voix s'élèvent pour réclamer un rééquilibrage et une meilleure redistribution des bénéfices tirés de ce service public.
Une gestion sous pression
Face à ces critiques, les responsables des deux groupes défendent leur action. Ils mettent en avant leur savoir-faire, leur capacité à entretenir un réseau dense de marchés de proximité, et leur rôle dans l'animation des quartiers. Selon eux, la stabilité apportée par une gestion familiale de long terme profiterait à la fois aux commerçants et aux consommateurs.
Toutefois, les tensions s'accroissent. Plusieurs associations de commerçants dénoncent des pratiques qu'elles estiment abusives, notamment en matière de fixation des prix et de conditions de renouvellement des contrats de location. Des recours juridiques ont été engagés par le passé, sans remettre en cause la domination des deux familles.
Un enjeu de démocratie locale et de concurrence
La question de la gouvernance des marchés parisiens dépasse le simple cadre économique. Elle interroge la capacité de la puissance publique à garantir l'équité et la pluralité de l'offre alimentaire dans la capitale. Alors que la ville s'apprête à renouveler plusieurs concessions dans les années à venir, le débat sur le modèle à adopter risque de s'intensifier. Les partisans d'une mise en concurrence accrue plaident pour une ouverture à d'autres opérateurs, tandis que les défenseurs du statu quo soulignent l'efficacité du système actuel.
Les familles Dadoun et Bensidoun, fortes de leur ancrage historique et de leur connaissance fine du terrain, entendent bien conserver leur emprise. Mais les appels à plus de transparence et de concurrence pourraient, à terme, modifier les règles du jeu sur les marchés alimentaires parisiens.