Un retour qui défie la mort
Le 4 juin, un alpiniste népalais porté disparu depuis près d’une semaine sur les pentes de l’Everest a été découvert en vie. Âgé d’une trentaine d’années, il travaillait comme guide de haute altitude pour une agence d’expédition locale. Sa disparition, survenue le 29 mai dans la zone dite du « couloir du Yellow Band », vers 7 900 mètres d’altitude, avait rapidement fait craindre le pire. Les secouristes et ses proches pensaient qu’il avait succombé à une chute ou à un épuisement fatal.
Mais le 4 juin, des membres d’une autre expédition l’ont repéré, affaibli mais conscient, dans une crevasse. Il a pu être hélitreuillé et transporté vers un hôpital de Katmandou. Selon les médecins, il souffrait de gelures aux mains et aux pieds, ainsi que d’une sévère déshydratation, mais son état était stable. « Il est incroyablement robuste », a commenté un porte-parole de l’hôpital, « survivre six jours à une telle altitude sans équipement est quasi miraculeux. »
Des accusations de rétention d’informations
Le soulagement initial a pourtant laissé place à une vive controverse. La famille de l’alpiniste a porté de graves accusations contre l’agence qui l’employait, l’Himalayan Expedition Services. Selon le frère du rescapé, l’agence aurait délibérément retardé le déclenchement des recherches. « On nous a dit qu’il était mort, que cela ne servait à rien d’envoyer une équipe de secours », a-t-il déclaré. « Pendant ce temps, mon frère était vivant, seul, à attendre de l’aide. »
L’employeur, de son côté, a fermement démenti ces allégations. Son directeur a affirmé que les premiers secours avaient été envoyés « dès que la disparition a été signalée », mais qu’un épais brouillard et des vents violents avaient contraint les équipes à rebrousser chemin. Il a aussi précisé que le guide était descendu avec un client et qu’il s’était écarté de l’itinéraire balisé, malgré les consignes de sécurité.
« Nous avions commencé les cérémonies funéraires »
La controverse a pris une dimension plus intime et douloureuse lorsque le frère de l’alpiniste a confié aux médias que la famille, croyant l’homme décédé, avait déjà entamé les rites funéraires hindous. « Nous avions commencé les cérémonies funéraires. Les prêtres étaient là. Nous avions lavé son corps symbolique », a-t-il raconté, la voix brisée par l’émotion. « Puis on nous a dit qu’il était vivant. C’était un choc immense, un second miracle. »
Cette révélation a provoqué une onde de choc au Népal, pays où la mort en montagne reste un drame quotidien. Plusieurs responsables politiques et associations de guides ont réclamé une enquête indépendante sur les circonstances de la disparition et sur le comportement de l’agence.
Un débat sur la sécurité des sherpas
Au-delà du cas individuel, cette affaire relance un débat récurrent sur les conditions de travail des sherpas et des guides de haute altitude. Ces professionnels, souvent issus de communautés rurales pauvres, prennent des risques considérables pour un salaire modeste. « Le problème, c’est que les agences mettent parfois la rentabilité avant la sécurité », dénonce un porte-parole de l’Association des guides de montagne népalais. « Chaque année, des guides meurent ou sont gravement blessés. Il faut un vrai contrôle des conditions de travail. »
Les autorités népalaise n’ont pour l’instant pas annoncé d’enquête officielle, mais le ministère du Tourisme a indiqué suivre « de près » la situation et a promis des « mesures appropriées » si des fautes étaient avérées. L’alpiniste, dont le nom n’a pas été rendu public, reste hospitalisé à Katmandou. Son état de santé est jugé « hors de danger » par les médecins, qui évaluent l’étendue des lésions dues au gel. Sa survie, bien que largement saluée comme un exploit, a mis en lumière les failles du système de sécurité sur le plus haut sommet du monde.