Les rapports environnementaux annuels des deux entreprises, publiés à quelques heures d'intervalle, confirment une tendance lourde : la course à l'intelligence artificielle (IA) fait exploser leur empreinte carbone. Google indique une augmentation de 16 % de ses émissions de CO₂ équivalent par rapport à 2024, tandis qu'Amazon annonce une hausse de 18 % sur la même période.

Mise en perspective, la progression est encore plus frappante. Amazon émettait 80,85 millions de tonnes de CO₂ équivalent en 2025, soit une hausse de 58 % par rapport à 2019. Google, avec 18,8 millions de tonnes, a vu ses émissions grimper de 82 % sur la même période de six ans. Selon les données 2024 de la base européenne EDGAR, les rejets d'Amazon dépassent désormais ceux de l'Autriche (71 millions de tonnes) ou de la Grèce (71,5 millions de tonnes), mais restent inférieurs à ceux des Pays-Bas (145 millions de tonnes).

Les deux groupes imputent principalement cette dégradation à la construction massive de centres de données destinés à entraîner et faire fonctionner les modèles d'IA. Amazon souligne que ses émissions liées aux achats d'électricité ont bondi de 34 % en un an, en raison de l'essor des datacenters et de l'électrification de ses opérations logistiques.

Chez Google, Kate Brandt, directrice du développement durable, a reconnu que l'atteinte des objectifs climatiques devenait plus difficile. « Notre déploiement d'infrastructures d'IA s'accélère actuellement plus vite que la décarbonation du réseau électrique », a-t-elle déclaré, reprenant une mise en garde déjà formulée l'année précédente.

Les deux entreprises s'étaient fixé des objectifs ambitieux : Google vise la neutralité carbone d'ici à 2030, tandis qu'Amazon promet d'atteindre le zéro émission nette à l'horizon 2040. La flambée des besoins énergétiques liés à l'IA remet en question la crédibilité de ces engagements, alors que les analystes prévoient une multiplication des capacités de calcul dans les années à venir.

Des investissements colossaux dans l'IA

Pour rester compétitives, les grandes firmes technologiques injectent des milliards de dollars dans les infrastructures nécessaires à l'intelligence artificielle générative, notamment des serveurs ultrapuissants et des réseaux de refroidissement très énergivores. Cette frénésie d'investissements contredit directement leurs promesses de réduction des émissions.

Les chiffres publiés interviennent dans un contexte de pression croissante des investisseurs et des régulateurs sur la transparence environnementale des entreprises technologiques. La question de l'impact climatique de l'IA s'impose désormais comme un enjeu central pour le secteur, qui peine à concilier innovation effrénée et responsabilité écologique.