L’intelligence artificielle générative, en plein essor, exerce une pression sans précédent sur les bilans énergétiques et environnementaux des plus grandes entreprises technologiques mondiales. Les données publiées ces derniers jours par Google et Amazon montrent une accélération marquée de leur consommation d’électricité et de leurs émissions de gaz à effet de serre, directement liée au déploiement massif de nouvelles infrastructures de calcul.
Google : une hausse historique de 37 % de l’électricité consommée
Google a fait état d’une augmentation de 37 % de sa consommation annuelle d’électricité en 2025, la plus forte progression jamais enregistrée par le groupe. Selon son rapport de développement durable, la consommation totale d’électricité a bondi de plus de 250 % depuis 2019. Cette envolée est attribuée à la croissance continue de Google Cloud, au streaming sur YouTube, mais surtout à la construction et à l’exploitation de centres de données dédiés aux produits et services d’intelligence artificielle. Les data centers du groupe ont ainsi consommé plus de 42 millions de mégawattheures (MWh) en 2025, contre 30,6 millions de MWh l’année précédente. Ce volume place Google au même niveau que des pays entiers comme la Nouvelle-Zélande, le Danemark ou le Nigeria.
Malgré cette flambée, l’entreprise affirme avoir réduit de 2 % ses émissions opérationnelles sur la même période. Ce « découplage apparent entre émissions liées à l’électricité et croissance de la consommation » est présenté comme un signe encourageant. Google explique ce résultat par l’achat massif d’énergies renouvelables. « La voie vers nos ambitions climatiques ne sera pas linéaire, car notre déploiement d’infrastructures IA s’accélère actuellement plus vite que la décarbonation du réseau », indique le rapport. « Nous restons concentrés sur le développement d’une énergie propre abondante et abordable à l’échelle mondiale et sur la progression des innovations technologiques qui réduisent les émissions. »
En revanche, les émissions issues de la chaîne d’approvisionnement, c’est-à-dire des fabricants et fournisseurs contractuels, ont grimpé de 25 %. Google souligne que cette hausse provient d’une « chaîne d’approvisionnement en Asie-Pacifique fonctionnant sur des réseaux encore insuffisamment approvisionnés en énergie décarbonée ».
Amazon : une empreinte carbone en hausse de 16 %
De son côté, Amazon a enregistré une augmentation de 16 % de son empreinte carbone sur la dernière période de référence, sous l’effet de la même course à l’IA. La demande croissante pour les services de cloud computing et l’intelligence artificielle a conduit le groupe à étendre rapidement ses centres de données, pesant lourdement sur ses objectifs climatiques. Malgré cette dérive, la direction d’Amazon maintient son engagement d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, sans fournir pour l’instant de feuille de route détaillée pour inverser la tendance à court terme.
Un défi systémique pour la transition énergétique
Les chiffres publiés par les deux géants illustrent un phénomène plus large qui touche l’ensemble du secteur technologique : la multiplication des centres de données nécessaires à l’entraînement et à l’exécution des modèles d’IA gourmands en calcul consomme des quantités d’électricité toujours plus importantes. Les entreprises tentent de compenser par des achats d’énergie renouvelable, mais la vitesse de déploiement des infrastructures dépasse souvent la capacité des réseaux à se décarboner.
Google reconnaît que son objectif de couvrir 100 % de sa consommation par des énergies renouvelables, bien qu’atteint chaque année depuis plusieurs exercices, ne suffit pas à stopper la hausse absolue des émissions. Les groupes doivent désormais composer avec des réseaux régionaux inégalement décarbonés, notamment en Asie, où se concentre une part croissante de la fabrication de composants et de l’hébergement de données.
L’ampleur des investissements nécessaires pour verdir ces infrastructures – nouveaux parcs solaires, éoliens, stockage par batteries, réacteurs nucléaires modulaires – est sans précédent. Les observateurs du secteur estiment que le rythme actuel de construction de data centers pourrait encore s’accélérer dans les prochaines années, rendant plus complexe l’équation entre innovation technologique et respect des engagements climatiques.