Le 26 mai 2026, les autorités néerlandaises ont opposé leur veto à une transaction de 115 millions de dollars entre le géant américain des services informatiques Kyndryl et la société néerlandaise Solvinity, une première dans l'histoire du royaume. Selon une décision confidentielle rendue publique, les régulateurs estiment que l'administration américaine aurait pu contraindre Kyndryl à transmettre des données sensibles traitées pour le compte de l'État, notamment celles relatives au système d'identité national des Pays-Bas.

Une décision motivée par la crainte d'ingérence étrangère

Dans leur jugement, les autorités néerlandaises soulignent que « la menace pour l'intérêt public ne peut être écartée qu'en interdisant l'acquisition proposée ». Elles ajoutent que « l'imprévisibilité géopolitique » a créé des risques de « dépendances numériques ». Cette mesure intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l'administration Trump et les capitales européennes, sur des dossiers allant des droits de douane à la question du Groenland.

La transaction, annoncée en novembre 2025, avait suscité des débats houleux au sein du gouvernement néerlandais, qui a organisé des auditions et mené une enquête approfondie. En coulisses, des diplomates américains avaient plaidé en faveur du feu vert, tandis que La Haye examinait les risques liés à la souveraineté numérique.

Un précédent dans les relations transatlantiques

Ce blocage constitue un précédent notable : pour la première fois, un allié de l'OTAN applique à une entreprise américaine une logique que Washington a longtemps utilisée à l'encontre des firmes chinoises, en invoquant la sécurité nationale et la protection des données. L'affaire illustre un changement d'attitude des capitales européennes, de plus en plus méfiantes à l'égard des transferts de technologies critiques vers les États-Unis.

Kyndryl, basée à New York, gère des systèmes d'information pour des gouvernements et des grandes entreprises. Solvinity, de son côté, fournit l'infrastructure technologique qui sous-tend le système d'identité numérique néerlandais, un outil sensible utilisé par des millions de citoyens.

Des réactions attendues des deux côtés de l'Atlantique

La ministre néerlandaise de l'Économie numérique et de la Souveraineté, Willemijn Aerdts, s'est exprimée sur cette décision après son annonce, sans que ses propos exacts n'aient été divulgués. L'entreprise américaine n'a pas encore fait connaître ses intentions, mais l'opposition de La Haye pourrait entraîner des recours juridiques ou une renégociation.

Cette interdiction pourrait également avoir des répercussions sur d'autres dossies transatlantiques, alors que les relations entre Washington et Bruxelles se durcissent. Plusieurs autres acquisitions technologiques seraient actuellement examinées sous un angle similaire par les autorités de régulation européennes.

Les implications pour la souveraineté numérique

Au-delà du cas particulier, ce veto signale une volonté des Pays-Bas – et plus largement de l'Union européenne – de renforcer le contrôle des investissements étrangers dans les infrastructures critiques. La notion de « dépendance numérique » devient un critère central dans l'évaluation des fusions-acquisitions. Les experts s'attendent à ce que d'autres capitales européennes emboîtent le pas, en particulier dans les secteurs liés à l'identité numérique, la santé ou la défense.

L'affaire Solvinity-Kyndryl pourrait ainsi marquer un tournant dans les relations économiques transatlantiques, où les préoccupations de sécurité prennent le pas sur la libre circulation des capitaux.