Un constal sans précédent
Le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, a tiré la sonnette d’alarme en présentant, pour la première fois, un baromètre dédié à l'état de l'avifaune. « Les populations d'oiseaux se sont effondrées », a-t-il déclaré sur France Inter, précisant que « chaque année, ce sont 20 millions d’oiseaux qui disparaissent en Europe ». En France métropolitaine, le phénomène est mesuré avec précision : la population d’oiseaux communs a reculé de plus de 18 % en vingt-cinq ans, selon les données de la LPO.
Ce recul est le résultat d'une combinaison de facteurs, principalement liés aux activités humaines. L'intensification de l'agriculture, l'urbanisation galopante, la disparition des haies et des zones humides ainsi que l'usage massif de pesticides sont pointés du doigt par les ornithologues. Les espèces spécialisées dans les milieux agricoles sont particulièrement touchées, certaines voyant leurs effectifs chuter de plus de 40 %.
Un baromètre inédit pour mesurer l'urgence
L'outil présenté par la LPO ambitionne de rendre compte, année après année, de l'évolution des populations d'oiseaux en France. Il s'appuie sur des réseaux de comptage auxquels participent des milliers de bénévoles formés. Allain Bougrain-Dubourg a insisté sur l'importance de ce suivi pour objectiver la dégradation de la biodiversité ordinaire et alerter les pouvoirs publics.
« Nous ne parlons pas ici d'espèces rares ou exotiques, mais des oiseaux que tout le monde connaît : le moineau, l'hirondelle, le merle, le rouge-gorge », a-t-il souligné, rappelant que leur disparition progressive traduit un appauvrissement général des écosystèmes.
Des chiffres européens convergents
Les données françaises s'inscrivent dans une tendance continentale alarmante. En Europe, les pertes annuelles estimées à 20 millions d'individus confirment les travaux déjà publiés par des organismes comme BirdLife International. Plusieurs études récentes montrent que plus d'un quart des espèces d'oiseaux nicheurs sont menacées sur le continent.
Cette érosion de l'avifaune a des conséquences en cascade : les oiseaux jouent un rôle central dans la régulation des insectes ravageurs, la pollinisation et la dissémination des graines. Leur effondrement menace donc également l'équilibre des milieux agricoles et forestiers.
Un appel à l'action
Allain Bougrain-Dubourg a estimé que la situation exige une mobilisation urgente de l'État et des collectivités. Il a appelé à une réorientation des politiques agricoles, à la restauration des continuités écologiques (haies, mares, prairies) et à une réduction drastique de l'usage des produits phytosanitaires. « Il n'est pas trop tard, mais il est grand temps que les discours se traduisent en actes », a-t-il martelé.
Ce premier baromètre de la LPO pourrait servir de référence aux décideurs et au grand public pour suivre l'évolution de la biodiversité de proximité. L'association espère qu'il deviendra un outil annuel de vigilance, à l'image des indicateurs climatiques.