L'ancien milieu de terrain allemand Bastian Schweinsteiger est au cœur d'une vive polémique après des commentaires tenus lors de son rôle de consultant pour la télévision publique allemande ARD, à l'occasion du match de la Coupe du monde 2026 entre l'Allemagne et la Côte d'Ivoire. Ses propos, qualifiant le jeu des Ivoiriens de « football africain » caractérisé comme « un peu non conventionnel parfois, un peu sauvage, pas tout à fait tactique », ont été largement perçus comme véhiculant des stéréotypes raciaux.
Des réactions immédiates et des accusations de racisme
Les déclarations de Schweinsteiger, prononcées avant la rencontre du groupe E à Toronto que l'Allemagne a remportée 2-1, ont provoqué une onde de choc. Sur les réseaux sociaux et dans les médias allemands, de nombreux observateurs ont accusé le champion du monde 2014 d'utiliser des clichés racistes et coloniaux, réduisant les personnes noires à des attributs physiques présumés plutôt que de reconnaître leurs capacités intellectuelles. Le journaliste et auteur allemand noir Philipp Awounou a notamment expliqué, dans une tribune, que « derrière des attributions comme 'sauvage' et 'imprévisible' se cachent des stéréotypes plus anciens que le football et qui ont des racines racistes et coloniales ». Il a rappelé que, par le passé, les personnes d'origine africaine étaient stigmatisées comme « non civilisées ('sauvages'), différentes ('non conventionnelles') et potentiellement dangereuses ('imprévisibles') ». Schweinsteiger n'a, pour l'heure, pas réagi publiquement à ces accusations.
La déception du sélectionneur ivoirien
Quelques jours plus tard, le sélectionneur de la Côte d'Ivoire, Emerse Faé, a été interrogé sur ces propos à l'occasion de la qualification de son équipe pour les phases à élimination directe de la Coupe du monde, une première dans l'histoire du pays. Visiblement affecté, Faé a exprimé sa tristesse. « Je pense que c'est triste », a-t-il déclaré. « C'était un très, très bon joueur, un grand joueur. Je l'ai toujours aimé, personnellement. En tant que milieu de terrain, j'ai toujours aimé sa façon de jouer, sa façon de comprendre le football. Alors quand j'ai entendu ses commentaires, j'ai été déçu, déçu par l'homme. Parce que quand on connaît le football comme il le connaît, c'est étrange qu'on puisse parler de cette façon, ce qu'on pourrait qualifier de raciste si on appelait un chat un chat, mais c'est comme ça. »
Un débat plus large sur les stéréotypes dans le football
Cette polémique intervient dans un contexte plus large de réflexion sur la persistance des stéréotypes raciaux dans le monde du football. Pour de nombreux commentateurs, les termes employés par Schweinsteiger, loin d'être anodins, puisent dans un imaginaire collectif qui associe encore trop souvent le football africain à une absence de discipline tactique et à une supposée imprévisibilité. Ce débat soulève des questions fondamentales sur la manière dont les joueurs et les équipes issus du continent africain sont perçus et analysés par les médias et les anciens joueurs européens. La réponse d'Emerse Faé, ancien admirateur de Schweinsteiger, illustre le décalage entre l'image d'un modèle sportif et la réalité de propos jugés blessants par une partie du monde footballistique.