La vague de chaleur qui accable la Bretagne a provoqué son premier décès hospitalier directement lié aux fortes températures. Un patient âgé, admis au centre hospitalier universitaire de Brest, est décédé des suites d’un coup de chaleur, ont confirmé les autorités sanitaires régionales. Ce décès marque un tournant dans la gestion de l’épisode caniculaire qui touche la région depuis plusieurs jours.

Les équipes médicales bretonnes expriment leur désarroi face à des établissements de santé mal préparés à de telles chaleurs. Plusieurs soignants témoignent de conditions de travail devenues extrêmement difficiles, avec des services où la température dépasse les 35 degrés Celsius. « On travaille dans une fournaise, les patients souffrent et on ne peut pas faire grand-chose », confie une infirmière du service des urgences de l’hôpital de Rennes, sous couvert d’anonymat. Les climatiseurs sont rares et souvent en panne, et le personnel doit parfois se cotiser pour acheter des ventilateurs.

L’Agence régionale de santé (ARS) a activé le plan canicule, mais les professionnels de santé jugent les mesures insuffisantes. « On est rentrés dans le dur. Le week-end qui arrive s’annonce hyper compliqué », alerte un médecin urgentiste de l’hôpital de Brest. Les admissions aux urgences pour coups de chaleur, déshydratation et complications liées à la chaleur ont bondi de 40 % en trois jours, saturant les services déjà sous tension.

Des infrastructures vieillissantes

La vétusté des bâtiments hospitaliers est pointée du doigt. De nombreux hôpitaux bretons, construits il y a plusieurs décennies, ne sont pas équipés pour faire face à des températures caniculaires récurrentes. « Nos structures ne sont pas adaptées au climat qui se réchauffe. C’est une urgence sanitaire qu’on aurait dû anticiper », déplore un chef de service à l’hôpital de Quimper. Le problème est récurrent : en 2024 déjà, des soignants s’étaient plaints de l’absence de climatisation dans les chambres des patients.

Le ministère de la Santé a assuré que des déprogrammations ciblées d’opérations non urgentes avaient été décidées dans les hôpitaux bretons pour libérer des lits. La ministre a affirmé que les établissements n’étaient « pas saturés », mais les syndicats de soignants contestent ce diagnostic. « La ministre n’est pas sur le terrain. Nous, on voit les malades en souffrance et les collègues épuisés », rétorque le représentant d’un syndicat infirmier.

Un week-end sous haute tension

Les prévisions météorologiques annoncent un week-end encore plus chaud, avec des températures qui pourraient dépasser les 40 degrés Celsius en Bretagne. « Le point de basculement est franchi. On n’a jamais connu ça », s’alarme un responsable de l’ARS. L’institution a demandé un renfort d’effectifs et l’activation de lits supplémentaires, mais les soignants doutent de la capacité du système à encaisser le choc.

Plusieurs associations de patients et de défense des droits des malades réclament un plan d’urgence pour rénover les hôpitaux et les doter de systèmes de climatisation fonctionnels. « Le changement climatique est déjà une urgence sanitaire. Nos hôpitaux ne sont pas prêts », insiste un porte-parole d’une association de patients. Le décès à Brest vient dramatiquement illustrer ce constat.

Les autorités appellent la population à la plus grande vigilance, notamment les personnes âgées, les nourrissons et les personnes souffrant de pathologies chroniques. Des fontaines à eau et des lieux rafraîchis ont été mis en place dans plusieurs communes. Mais pour les soignants, la priorité est ailleurs : « On fait avec les moyens du bord. Mais il faut que les pouvoirs publics prennent la mesure de la crise », conclut un urgentiste rennais.