La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué une diminution rapide des réserves mondiales de pétrole, exerçant une pression croissante sur le président Donald Trump pour qu’il conclue un accord de paix permettant de rétablir les flux énergétiques dans le golfe Persique.

Selon les données compilées par le cabinet d’analyse Kpler, les stocks de brut et de produits pétroliers, détenus par les entreprises et les États dans d’immenses cuves en acier et des cavernes de sel souterraines, chutent dangereusement dans plusieurs régions. Aux États-Unis, les réserves stratégiques gouvernementales étaient sur le point d’atteindre, cette semaine, leur plus bas niveau depuis 1983.

Ce seuil préoccupant a toutefois été éclipsé par l’annonce, jeudi, de Donald Trump selon laquelle les États-Unis et l’Iran seraient proches d’un accord de paix. Cette déclaration a fait chuter le prix du baril de pétrole sous les 90 dollars, un niveau bien supérieur au prix d’avant-guerre mais très inférieur aux pics atteints précédemment.

Un recours massif aux stocks sans perspective de réapprovisionnement

La consommation mondiale quotidienne avoisine les 100 millions de barils. Les réserves se sont érodées particulièrement vite dans les pays fortement importateurs, comme le Japon et la Corée du Sud. Les États-Unis, pourtant premier producteur mondial, voient aussi leurs stocks diminuer en raison de l’accroissement des exportations destinées à approvisionner le reste de la planète.

À l’inverse, les pays du golfe Persique accumulent involontairement du pétrole, la fermeture du détroit d’Ormuz les empêchant d’écouler leur production. Certains ont toutefois réussi à faire passer davantage de navires ces dernières semaines, apportant un léger répit.

La Chine constitue une inconnue majeure. Elle détendrait environ un tiers des réserves mondiales connues, selon Kpler, et semble les avoir à peine entamées. Antoine Halff, cofondateur du cabinet Kayrros et ancien analyste en chef de l’Agence internationale de l’énergie, suggère que Pékin pourrait puiser dans des stocks souterrains moins surveillés. « La Chine est l’un des plus grands points d’interrogation, la plus grande énigme », a-t-il déclaré.

Des tensions sur les carburants spécifiques

Le tableau se dégrade davantage pour certains produits raffinés. À l’échelle mondiale, les stocks d’essence et de fioul, utilisé pour le chauffage, sont particulièrement bas pour la saison. Les réserves commerciales américaines de brut s’élevaient à 426,5 millions de barils fin juin 2026. L’estimation du niveau minimal d’exploitation, calculé par S&P Global Energy à 380 millions de barils pour les États-Unis, indique que le pays se rapproche d’un seuil critique pour le bon fonctionnement du système énergétique.

Rick Joswick, analyste pétrolier chez S&P Global Energy, nuance toutefois le risque de pénurie immédiate : « Nous avons moins de pétrole dans le monde, et cela commence dans les coins à se manifester sur les marchés finaux. Mais je ne peux pas pointer une preuve flagrante et dire “Ah, ces aéroports ne reçoivent pas leur kérosène, ou ces consommateurs ne peuvent pas obtenir leur essence.” »

Un besoin urgent de fluidité dans le détroit d’Ormuz

Les experts s’accordent sur un point : tant que le détroit d’Ormuz – ce goulet d’étranglement situé au sud de l’Iran – ne redeviendra pas praticable pour les pétroliers, le marché demeurera dangereusement fragile. Le retour d’un flux régulier de pétrole en provenance du golfe Persique est la clé de tout apaisement des tensions sur les prix et les approvisionnements.

Selon Antoine Halff, « bientôt, nous allons manquer d’amortisseurs », en référence aux stocks qui ont jusqu’ici permis d’amortir le choc de la guerre. L’issue des négociations en cours déterminera si les réserves mondiales suffiront à éviter des perturbations plus graves.

Les données indiquent que les stocks mondiaux de brut ont chuté de plusieurs centaines de millions de barils depuis le début du conflit, et que les réserves de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) sont revenues à leur niveau d’août 1983, soit environ 349 millions de barils. La marge de manœuvre se réduit, rendant chaque jour plus pressante la nécessité d’une résolution diplomatique.