À quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, la pression n'est plus seulement sur les épaules des joueurs. Dans l'ombre, un spécialiste du gazon veille à ce que chaque pelouse soit parfaite. John Sorochan, professeur à l'Université du Tennessee, est l'homme chargé de superviser la qualité des seize terrains qui accueilleront les rencontres, du stade de Toronto à celui de Guadalajara, en passant par des enceintes climatisées ou exposées au soleil.

Depuis 2018, M. Sorochan pilote le FIFA Pitch Research Project, un programme de recherche pluriannuel et multimillionnaire mené avec John « Trey » Rogers, de l'Université d'État du Michigan. Ce dernier, ancien professeur de M. Sorochan, est surnommé le « Parrain du gazon ». L'objectif affiché est d'offrir aux stars comme Lionel Messi ou Vinicius Jr. une surface de jeu parfaitement identique d'un stade à l'autre, malgré des conditions climatiques radicalement différentes.

« Imaginez le meilleur terrain de football au monde : un gazon naturel parfait, capable de résister à près de quarante jours de compétition de haut niveau », résume le scientifique. « Maintenant, imaginez créer seize terrains de ce type, dans seize stades aux climats variés. » Le défi est colossal : il faut que l'expérience de jeu soit « effectivement identique » partout.

Un parcours forgé par l'expérience

Originaire de Calgary, au Canada, John Sorochan se destinait d'abord à une carrière d'avocat dans l'industrie pétrolière et gazière, après des études en sciences politiques et en géologie. Mais l'idée de travailler enfermé dans un bureau ne le séduit pas. Il travaille alors sur un terrain de golf et se passionne pour la construction et la conception de parcours. Il intègre ensuite le programme de gazon de l'Université d'État du Michigan, où il participe, comme étudiant, à un projet pionnier : faire pousser de l'herbe à l'intérieur pour la Coupe du monde 1994, qui se déroulait au Silver Dome.

« C'était un terrain portable, installé à l'extérieur en modules hexagonaux de quincentimètres de profondeur, puis déplacé à l'intérieur comme un nid d'abeilles », se souvient-il. Pendant trente jours, avec très peu de lumière, il chausse des crampons et court sur les parcelles pour simuler l'usure due aux matchs. « Après trente jours, on voyait l'usure en forme de diamant, des buts aux lignes de touche », raconte-t-il. Ce fut son déclic : debout sur le toit du stade, le vent au visage, il se demande comment améliorer le procédé.

Le terrain de 1994 avait été jugé parfait par Graham Taylor, alors sélectionneur de l'Angleterre, qui avait déclaré que « les seuls à ne pas aimer la pelouse seraient les mauvais joueurs, parce qu'ils ne pourraient pas la blâmer ».

Des attentes accrues et des technologies de pointe

Depuis cette époque, les exigences ont considérablement évolué. « Si vous regardez un match de Premier League anglaise de 1994, les joueurs ont de la boue sur leurs maillots, car il fait froid et il pleut souvent en Angleterre, et le but présente une zone usée en forme de baignoire », explique M. Sorochan. Aujourd'hui, les terrains sont équipés de lumières de croissance, de revêtements hybrides renforcés et construits sur une zone racinaire de sable. « À la fin de la saison, ils sont tous magnifiques. »

Interrogé sur sa capacité à regarder un match sans analyser la pelouse, le scientifique avoue un regard double : « Je regarde toujours le terrain d'une manière ou d'une autre. Si un joueur glisse ou tombe, je me demande : quelle en est la cause ? »

Pour la Coupe du monde 2026, les pelouses sont désormais en place et les derniers réglages s'achèvent. M. Sorochan évoque « la lumière au bout du tunnel », une expression qu'il illustre avec humour : « Ce n'est plus un ours tenant une bougie. » Le Mondial peut commencer.